
Le management a commenté les résultats trimestriels avec son aisance coutumière. La présentation faite par le CEO de toutes les vertus du modèle de croissance de BT suggère pourtant implicitement aux esprits chagrins que les chiffres communiqués sont peut être un peu moins bons que dans un passé récent. Du coup, insister sur l’avenir glorieux de la compagnie devait être une bonne façon de « traiter » le problème sur le plan de la communication corporate.
BT publie des résultats solides
Le chiffre d’affaires progresse de 3% par rapport au trimestre correspondant de l’année passée et s’établit à 5033 millions de livres. L’Ebitda progresse de façon parfaitement équivalente à 1425 millions de livres. Le bénéfice net récurrent affiche logiquement une hausse légèrement supérieure (5%) et s’établit à 488 millions de Livres, le bénéfice net publié profite d’effets fiscaux qui le propulsent au dessus de 600 millions de Livres (pour un historique financier). La dette nette poursuit son ascension en hausse de 12% à 8631 millions de livres sur un an. Durant le seul premier trimestre, la société a racheté pour 365 millions d’euros (1.4% du capital en un trimestre). Autrement dit, la société autofinance ses investissements et ses dividendes tandis qu’elle arbitre entre la gestion de son capital et celle de sa dette en fonction du coût relatif de l’un et de l’autre. Le PER de 13 justifie que la société arbitre en faveur du rachat du capital. A titre de comparaison si FT (fiche financière) rattrapait le PER de BT, les actionnaires gagneraient 30%. A un moment où la solvabilité va devenir un sujet à la mode, une révision de ses notes de crédit pourrait s’avérer coûteuse, il faudra surveiller les prochaines données communiquées par la société pour voir si la crise de liquidité n’a pas poussé BT à en conserver un peu sous la chaussure en ralentissant ses achats de titres. On doit souligner que la présentation de BT occulte que le trimestre actuel est en baisse nette par rapport à celui qui l’a immédiatement précédé, apparemment les effets du calendrier jouent de façon structurelle sur le chiffre d’affaires et les trimestres sont à comparer d’une année sur l’autre et non d’un trimestre sur l’autre, souhaitons que ce choix dans la présentation des résultats soit justifié. Si l’on consulte les historiques, il semble que cela soit le cas. Sur le terrain des pensions la société précise que ces positions sont positives alors que l’année dernière les fonds de pension de la société étaient déficitaires, il n’y a donc probablement pas de dette cachée au bilan, de toute façon la réévaluation du fond de pension aura lieu en 2008. En tous les cas le cours de bourse a traversé la tourmente sans grand dommage, à l’instar de France Télécom.
Une solide position industrielle
BT continue à gagner des marchés professionnels ce trimestre affirmant, ainsi son profil de fournisseur international de services de télécommunication. La croissance des grands comptes est d’ailleurs supérieure à la croissance du groupe (5%). Une telle position est particulièrement stratégique. En effet Vodafone se positionne sur des marchés émergeants dont le dynamisme ira en faiblissant au fur et à mesure que leur taux d’équipement augmente, au contraire BT est positionnée sur un marché qui sera en croissance régulière pour autant que l’internationalisation des grandes entreprises se poursuive. Le management se félicite que la société poursuive la reconquête de son marché national via une part croissante du marché de la « broad-band », sur le dernier trimestre BT a recruté 38% des entrants. Au surplus concernant le « retail » l’Arpu s’est remise à augmenter sur la base des nouveaux services apportés par la compagnie. Autrement dit avec le temps la compagnie capitalise davantage sur sa nouvelle offre commerciale tout en étant moins handicapée par la baisse naturelle de son offre traditionnelle. Lors de la séance de questions qui a suivi la présentation le management a signalé que BT marquait des points contre les câblo-opérateurs, les mauvais résultats publiés par Virgin Média (ex NTL) incitent à penser que cette assertion est plausible. Sur le terrain de l’innovation on peut noter la démarche consistant à rendre la PSP de Sony communicante et d’en faire une plateforme de télécommunication comme une autre. BT affirme implicitement que la hausse de l’Ebitda restera aux alentours des 3% sur une base annuelle ce qui suggère que l’accélération de la croissance appartient désormais au passé. Ceci étant dans le contexte actuel 3% cela n’est franchement pas si mal et d’autres compagnies historiques comme Télécom Italia et Deutsche Telekom « achèteraient » avec enthousiasme une telle progression organique. Sur le terrain de la 4G BT affirme qu’un million d’utilisateurs profitent de son réseau WI-FI dans le cadre de leur forfaits total Broadband, le chiffre apparaît un peu gonflé dans la mesure où les packages regroupent une offre triple-play classique à des tarifs compétitifs, l’accès au 250 minutes de wi-fi est un bonus qui n’est pas nécessairement un « déclencheur d’achat ». Une telle pénétration suggérerait en effet que la 4G pèse 10% du marché de l’accès à la bande passante britannique, on a de la peine à ne pas penser que cela jure un peu avec la modestie des résultats enregistrés par France Télécom avec son offre Unik.
En guise de conclusion
BT publie des résultats solides en ligne avec les perspectives tracées préalablement, ceux qui se seraient attendus à une accélération supplémentaire de la croissance en seront pour leur frais pour ce semestre. Abstraction faite des conditions de marché actuelles le cours de bourse laisse encore de la place à une progression substantielle. Le titre est d’autant plus tentant que la stratégie de la société est simple et ne passe pas par des acquisitions externes hasardeuses, les talents de communicants du management laissent espérer que les progrès à venir de la compagnie seront « pricés » de façon appropriée par le marché.
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