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Combiens de FAI et d’acteurs Internet restera-t-il dans 10 ans ?

mercredi 16 novembre 2005, par Christian Jegourel
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Les investissements des FAI aujourd’hui participent à une stratégie de convergence des services qui va au-delà du simple retour sur investissement de l’abonnement ADSL.

On commence à percevoir les frontières des différents acteurs majeurs dans ce secteur. D’un coté les fournisseurs de contenus et services globaux dont google est semble-t-il le plus dangereux. De l’autre les infrastructures et surtout l’abonnement.

Les « utilities » futurs compteurs à gaz ?

Les titulaires de l’abonnement sont bien placés pour une rente de situation sur les services « utilities » où l’on peut considérer que l’accès Internet, téléphone fixe/mobile, haut débits TV flux et stock … feront partie de la vie quotidienne comme l’eau et l’électricité. En y ajoutant le terminal de paiement nomade (le mobile) le service quintuple play sera extrêmement rentable. Quid des banques traditionnelles ? La consolidation devrait laisser entre 3 et 4 acteurs sur le marché Français dont les filiales des plus gros européens (Deutsch Telecom, Telefonica, Telecom Italia, France Telecom …). Le cas Free étant très intéressant à suivre car il lui faudra trouver des relais de croissance et des alliances au niveau Européen. Une offre de téléphonie Wimax en 2007 sera la bienvenu (grâce à sa licence nationale) mais il faudra penser à fusionner avec un acteur global car d’ici 10-15 ans il y aura encore concentration de ces acteurs au niveau européen voire mondial, à l’instar des compagnies aériennes. La taille du marché local ne sera plus suffisant pour négocier les achats (matériels, logiciels, contenus…) et rendre un service complet au meilleur coût car les fournisseurs sont déjà mondiaux.

La guerre des services passe par la maîtrise des technologies clés.

De l’autre coté : les acteurs purs services (Google, Ebay, Yahoo, Microsoft….). La bataille va être féroce avec les acteurs de niches : Ebay, Meetic par exemple et généralistes comme Google qui vient d’annoncer des petites annonces et de la location de livres pour concurrencer tous les autres. L’autre grand à venir, dans ce secteur, est Microsoft. Avec la nomination d’un nouveau CTO et une réorientation vers de nouveaux modèles économique, MS qui va certainement tout faire pour s’emparer d’AOL est le seul concurrent, aujourd’hui, du niveau de Google. Il s’agit dans ce ca de fédérer les clients autour d’une communauté des services pouvant déboucher éventuellement sur un abonnement. L’objectif étant de fournir des services différentiés des « utilities » des fournisseurs d’accès. Va-t-on assister à des mouvements de vagues comme dans la consommation de produits physiques : naissance des supermarchés, croissance puis développement d’acteurs de « niche » (Decatlon, Zara …). J’entends déjà les remarques : et Yahoo et consorts. Yahoo a le bon modèle et sa capitalisation boursière lui permet de continuer à se développer. Il lui faut simplement plus de technologies pour concurrencer Google et Microsoft. Les rachats dans les deux ans à venir seront significatif sur sa capacité à rester un acteur majeur. Le cas Ebay est plus complexe. Le rachat de Skype me laisse perplexe. En effet bien que Skype est un beau parc client, la téléphonie sur IP est un « utilities » que vont fournir des acteurs « infrastructure ». De plus la technologie utilisée dans Skype n’est pas sa propriété et ne permet pas d’avoir un avantage compétitif décisif. Les petites annonces vont être intégrées aux acteurs « communauté » et donc sa raison d’être en tant qu’acteur de niche va être difficile à défendre (d’où peut être la tentative de diversification avec Skype ?). Moralité il faut soit une infrastructure, soit la maîtrise de technologies clés. Cela dit il restera certainement des acteurs de niche mais beaucoup plus petits sur des secteurs ou la valeur ajoutée permettra de compenser l’effet taille.

Mais que font les empires face aux barbares ?

Et les acteurs médias dans tout ça ? Il y a une énorme révolution à faire pour eux. Pour les producteurs de contenus, il faut produire multi supports pour multi diffuser (je vois déjà des éditeurs de presse me dire que ce n’est pas leur métier. Certain maréchaux ferrant ont eut le même raisonnement il y a un siècle, c’est une espèce en voie de disparition. Les autres sont devenus garagiste). Le principal problème sera la maîtrise du modèle économique car si comme avec les supermarchés, le fabricant survit difficilement s’il n’a pas la taille critique pour financer la promotion et le référencement de ses produits dans les linéaires. Cela dit même un gros peut se faire refuser l’accès au linéaire (Free refuse de distribuer TPSL). Quand on écoute Nicolas de Tavernost (DG de M6 entendu le 16/11 sur BFM) il n’y a pas beaucoup de place pour la négociation.

Je sais qu’Internet est un espace de « liberté » mais si vous n’avez pas de modèle économique…

L’autre aspect, le plus médiatisé : les droits d’auteurs. Déjà il faut distinguer le droit d’auteur à la française avec le copyright anglo saxon. Je sais, ce n’est pas simple mais pendant ce temps là le Peer to Peer gratuit progresse. Je crois difficilement à la possibilité de tout protéger et de rester sur le modèle économique qui a fait le succès des majors le siècle dernier. Nous nous acheminons probablement vers un nouveau modèle économique de production de contenus sans les majors telle que nous les connaissons. Il y aura certainement toujours des intermédiaires (des « agents intelligents », je sais ça fait très Matrix) mais leur rôle ne sera plus uniquement le financement et la distribution appuyé par une grosse campagne marketing.

Pour les diffuseurs c’est plus complexe. Ils sont assis sur une rente de situation où les canaux de distribution (les fréquences) étaient limités. Ils doivent donc rapidement faire évoluer leur métier de diffuseur « simple » à celui de fournisseurs de contenus pour des communautés. C’est peut être ce à quoi nous assistons lorsque M6 rachète Mistergooddeal,TF1 qui lance la video on demand ou les début de production multi diffusée sur mobile.

Toutes ces réflexions demanderaient à être développées mais je manque un peu de place.

Nous entrons dans l’âge 2 d’Internet non plus comme un vecteur de communication mais comme vecteur d’intermédiation de services. Que de perspectives pour les dix ans à venir …

La vrai question c’est qui sera le nouveau barbare maintenant que Google devient un empire ?

mercredi 16 novembre 2005, par Christian Jegourel
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Réactions
  • Combiens de FAI et d’acteurs Internet restera-t-il dans 10 ans ?

    anonyme
    par Salluste - 10 mars 2007 20-09

    En ce qui concerne les économies d’échelles dans le domaine des télécoms, il semble difficile de conclure sur ce terrain puisque la taille des entreprises ne joue pas (ou peu) dans le taux de marge, c’est du moins ce que laissent penser les chiffres des majors et des juniors européennes. En revanche la concentration prend un sens clair lorsqu’il faut partir à la chasse au client, surtout lorsqu’il s’agira de lui proposer une offre tout compris(nomade /domicile/voie/internet).Dans ce cadre, il faut croire que nous aurons alors 3 opérateurs généralistes en France : FT , Vivendi associé au Neuf et l’un à structurer autours de Free-Bouygues.Effectivement le cas "Free" fera couler beaucoups d’encre. Au niveau européen la poudre ne parlera que lorsque les grands auront une idée précise des flux de cash flow futurs sur lesquels ils pourront compter. Donc il faudra attendre que la baisse des marges se stabilise et de toute évidence personne ne sait quand cela arrivera ...Après tout les télécoms bénéficient de marges sans rapport avec celui des autres industries d’"utilities", il n’est pas incohérent d’imaginer qu’ils reviennent dans la norme et donc que leur Ebitda baisse d’un bon tiers, autrement dit que leur bénéfice se rapproche dangereusement de 0. Bien à vous Salluste

    Voir en ligne : A propos de la concentration

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    • Combiens de FAI et d’acteurs Internet restera-t-il dans 10 ans ?

      par Christian Jegourel - 10 mars 2007 20-32

      Je partage votre avis et rappelle que cet article a été écris en novembre 2005 à un moment où tout le monde parlait de la croissance de chacun des acteurs. Pour ma part je crois que Vivendi essaie de mettre la main sur les 44% de SFR qui lui manque afin de fusionner avec Neuf et en faire un véritable concurrent de FT. Sur Free le problème se pose car il ne peut rester isolé de ces intégrations verticales. Un rapprochement avec Bouygues Tel ne suffira pas et sera difficile compte tenu des personnalités des hommes en présence. Noos est dans une situation difficile et son management ne me semble pas en état de corriger le tir. Le fond Cinven devrait donc tenter une sortie par le bas ou par le haut. Par le bas il tire un trait sur l’investissement et cherche à vendre. Par le haut il investisse dans la 4ème licence et cherche à racheter Free en proposant une énorme prime ou une cogestion de l’ensemble. C’est cette dernière hypothèse qui me semble probable : une fusion Noos Free avec l’éviction du management actuel de Noos au profit de celui de Free et l’investissement sur la 3G en commun. C’est le seul moyen pour ces deux acteurs de faire le poids dans le marché en présence.

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