
Le conseil d’état a rejeté la requête de Bouygues Télécom contre la décision de l’ARCEP demandant aux opérateurs mobiles de libérer une partie de leurs fréquences pour le futur titulaire de la 4ème licence. Les demandes de Bouygues portant à la fois sur cette restitution et sur le calendrier de celles-ci ont été rejetées.
Le conseil d’état a retenu l’intérêt général sur l’arrivée d’un 4ème opérateur mobile et précisé que Bouygues, comme les autres opérateurs était informé depuis 2000 de cette option de rétrocession pour un nouvel entrant. « Considérant, en deuxième lieu, que les décisions prises par l’ARCEP depuis l’année 2000 et les consultations qui les ont précédées ont mis chacun des opérateurs en mesure de se préparer à restituer, le moment venu et le cas échéant, certaines des fréquences qui leur avaient été assignées dans la bande 900MHz »
Bouygues Telecom s’est même vu tancer par le retard pris dans le développement de son réseau.
Conclusion du conseil d’état :
Article1er : L’intervention de la société Free est admise.
Article2 : La requête de la société BOUYGUES TÉLÉCOM est rejetée.
Article3 : La présente décision sera notifiée à la société BOUYGUES TÉLÉCOM, à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), à la société Free et au ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi.

C’est une décision qui va couter cher à BouyguesTelecom qui devait compter sur ces arguments pour freiner encore plus, voire bloquer l’arrivée d’un 4ème opérateur mobile.
Car comme nous avons déjà eu à le dire dans le dossier spécial Bouygues, l’est Bouygues Telecom qui a le plus à perdre de l’arrivée probable de Free sur ce marché.
La convergence fixe-mobile est inéluctablement en marche et si Orange et Vivendi sont capables de proposer une offre complète avec des bases d’abonnés importantes en fixe et mobile, Bouygues Télécom est le plus petit opérateur mobile mais surtout un nain dans l’abonnement internet. La taille critique, depuis la consolidation du secteur, est maintenant de 4 millions de clients pour tous les FAI alors que la B Box n’a séduit que quelques dizaines de milliers d’abonnés.
L’erreur stratégique de Bouygues Telecom qui n’a pas participé à la consolidation du secteur en rachetant soit Télé2 (racheté par SFR) soit Club Internet (racheté par NeufCegetel, lui-même racheté par SFR ensuite), soit Alice (racheté par Free ) le pénalise gravement aujourd’hui.

L’alternative, peut être un moment imaginée avec Numéricâble n’est pas non plus la meilleure ni la plus économique. Le câblo n’a pas non plus atteint la taille critique, il dispose de plus d’un million d’abonnés à Internet, et doit encore dépenser beaucoup d’argent pour moderniser son réseau.
Etant le seul acteur restant c’est la seule porte de sortie pour BouyguesTelecom pour rester dans la course à la convergence fixe mobile. Une sortie que les actionnaires de Numéricâble vont monnayer âprement. Le câblo avait été estimé en 2006 par Patrick Drahy, Altice, à près de 10 milliards d’euros.
Il en vaut probablement pas plus de 3 mais c’est déjà pas mal pour un Bouygues Telecom qui n’est pas côté et qui ne vaut pas plus de 3 milliards d’euros.
Une fusion semble donc une sortie possible même si ce n’est pas dans les habitudes du groupe Bouygues. Mais avec des fonds d’investissements désireux de rentabiliser leur entrée dans le câblo, Cinven et Carlyle seront certainement vendeur de leurs 70%.
Un gros morceau à avaler pour BouyguesTelecom qui devra en plus faire preuve d’une stratégie audacieuse dans la convergence fixe-mobile/services-contenus, l’inverse de la stratégie prudente observée jusqu’ici.
Si la filiale de Bouygues a craché du cash jusqu’ici c’est l’heure de comptes et la stratégie court-terme va se payer au prix fort.
Tout cela aurait pu être intelligemment évité comme je le proposais en 2006, à savoir introduire BouyguesTelecom partiellement en bourse et utiliser le cash pour acquérir un FAI. Cette option aurait permis à Martin Bouygues de rester majoritaire de l’ensemble et la fusion de deux acteurs aurait donné une plus grande valeur à l’ensemble. Bref un cas d’école de commerce classique que semble avoir parfois oublié les grands groupes pour qui la solution politique pallie souvent à l’absence d’imagination.
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