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Etat Généraux de la Presse : le Président Sarkozy veut-il nationaliser les journaux ? Décryptage et analyse

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lundi 6 octobre 2008, par Christian Jegourel
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Le Président de la République commence son discours avec un résumé d’une situation bien française et d’entrée de jeu assène que cela ne peut plus durer, que la crise est structurelle avec le numérique mais que les coûts d’impression et de diffusion sont trop élevés.

L’une de ses premières phrases reprend le manque de puissance financière des groupes de presse et perte relative de la confiance des lecteurs.

Le ton est donné et les envolées lyriques viennent contrebalancer les messages forts : « ce qui est mauvais pour la presse est mauvais pour la démocratie », « la presse doit être rentable tout en restant un produit qui ne doit pas être soumis aux seules forces du marché ». etc…

Bon jusqu’ici on ne peut qu’être d’accord avec lui. Viennent ensuite le cas (le mot est bien choisi) des aides à la presse.

Si le président insiste sur le rôle d’Internet et des gratuits qui aggravent les problèmes, ils ne les ont pas créés.

Nicolas Sarkozy rappelle que l’état est dans son rôle en proposant ces état généraux surtout car il dépense 1 milliard d’euros d’aide publique. Oui oui nos journaux sont financés à hauteur de 10% de leurs revenus par les contribuables, c’est le président qui le rappelle.

La question que ce pose légitimement Nicolas Sarkozy est de savoir si ces subventions atteignent les objectifs fixés et s’il faut faire évoluer le modèle pour conserver une presse indépendante et pluraliste sans tabou ni corporatisme…

Le kiosque à journaux - Paris, octobre 2006 par Seb C

Sarkozy revient sur la division entre les éditeurs sur la distribution…

Le président veut un diagnostique et des solutions. Il insiste sur l’inutilité d’un cahier de doléances, ou d’un nouveau rapport et il souhaite des changements à mettre en œuvre tout de suite.

A ce moment on ressent que ce discours a été écrit à plusieurs mains et que le Président y a ajouté sa griffe. Cela donne des éléments un peu contradictoires mais finalement n’est-ce pas le bon endroit pour déclencher un débat ?

Baisse de la diffusion, baisse de la publicité, effondrement des annonces, la presse ne peut faire face à la mise en place des 35 heures et de renchérissement des matières premières.

La presse numérique n’est pas un modèle alternatif rentable

Je vous invite à regarder ce passage car c’est un moment d’anthologie dans le ton. (Time code 11:30)

« Comment la presse sur internet pourrait être rentable alors qu’elle est gratuite pour le lecteur, beaucoup moins chère pour l’annonceur et soumise à une concurrence sans limite, sans limite »

« Au-delà de l’impasse économique c’est le modèle de l’écrit qui est en cause et qui est fondamental pour le débat public ».

« Lire un quotidien c’est se mettre en situation de recevoir une information sur le monde. »

C’est pour le président une démarche différente de celle de recherche une information sur internet. Et la lecture d’un site de presse sur le net c’est quoi ?

On perçoit là une véritable fracture numérique, non pas de l’accès mais de la manière dont comprennent le net, la majeure partie de la génération du Président de la République.

Il est plus avancé que le président précédent qui avait voulu taxer les ordinateurs en 1991 pendant que Bill Clinton mettait en place les « autoroutes de l’information » mais 17 ans plus tard, le décalage me semble le même.

Ce qui m’inquiète le plus c’est quand le président dit que c’est à l’état de créer le modèle économique qui permette à la presse de vivre. (time code 12:40).

On nage en plein interventionnisme mais surtout les usages ont changés et les modèles doivent s’adapter.

Lorsque la technologie a produit le disque vinyle, cela a créé une industrie de la musique. Avec la télévision se fut une industrie de la vidéo. Aujourd’hui nous avons internet et cela déclenche un raz de marée sur l’existant.

Le Président n’y pourra rien et même s’il a raison de stigmatisé la prédominance des groupes américains sur le web, ce n’est pas avec des protections illusoires que la France pourra se doter d’une industrie des contenus sur les médias en ligne à la hauteur de l’enjeu

Linotype au journal Le Monde par luc legay

La presse a besoin d’investir

Nicolas Sarkozy précise qu’il faut combattre la paupérisation des contenus et la paupérisation des rédactions avec les plans sociaux. Une petite complainte sur la faiblesse des salaires et de la précarité des journalistes. Moi je veux bien mais qui va payer toutes ces évolutions, le consommateur ? Il est déjà surchargé d’information non payante.

Nicolas Sarkozy croit fermement à la presse payante on s’appuyant sur la nécessité d’information triée, hiérarchisée et validée. On ne peut qu’être en adéquation avec cela, reste à savoir si la réalité économique le permettra dans des conditions normales de marché. Si l’on passe à 100% d’aides publiques on pourrait peut être mettre des groupes de presse dans le giron de France Télévision ?

C’est peut être une idée sous jacente dans le discours qui veut constituer des groupes pluri médias. Soit privatiser France Télévision, soit nationaliser certains titres de presse…

Redevenons sérieux….

« Je crois en l’avenir de l’écrit et la presse payante, je ne crois pas qu’il arrivera un jour où plus personne ne sera prêt à payer pour de l’analyse et de l’investigation ». (time code 16:30).

Nous touchons là peut être l’un des points clé de divergence entre la vision des modèles économiques des contenus basés sur la vente à l’acte. J’ai déjà eu l’occasion de parler de cela mais je ne crois plus à ce modèle qui va passer, largement, à la forfaitisation. In fine le consommateur paiera pour son information mais c’est le modèle de captation de la valeur qui doit évoluer et ce n’est pas en subventionnant plus que l’on permettra à des groupes nouveaux de se constituer sur un nouveau modèle.

« La gratuité est une vue de l’esprit et la mort de la presse écrite » Time code 17:15.

Il se contredit en vilipendant le sous investissement des éditeurs sur internet et leur reproche de mettre gratuitement les contenus sur le net en se faisant leur propre concurrence alors que précédemment il se félicite des bonnes audience des sites de presse sur internet en adéquation avec le besoin des consommateurs de se tourner vers des marques fortes.

Le premier point c’est que la gratuité n’existe pas mais que le moyen de financement peut être détourné. C’est la clé de la presse de demain : savoir subsister sans la vente au numéro.

« Je ne crois pas au basculement brutal et total de la presse vers l’univers numérique ». J’abonde sur le premier point car cela se fait graduellement. Sur le second je m’inscris évidemment contre car je pense que le papier disparaitra, en majeure partie, d’ici une dizaine d’années.

Non pas qu’il n’y aura plus de consommateurs potentiels mais plutôt parce qu’il n’y aura plus de modèles économiques viables pour la diversité d’aujourd’hui.

Il restera, bien sûr, quelques titres papiers, extensions de puissants sites web et groupes multi supports mais ces supports papier seront gratuits pour le consommateur et en très petits nombres.

« L’essentiel n’est pas de protéger le papier mais de protéger l’écrit »

C’est quelques secondes après la phrase précédente et cela a probablement été écris par une autre « main ». Au moins ici on est plus moderniste et je partage tout à fait cette opinion. C’est justement sur ce point qu’il faut rebondir.

Journaux par Ivan Constantin (70's)

Ivan Constantin - 2009)

La presse a besoin d’aides mais les réformes sont une obligation.

Le président aborde une seule fois les blogs et les sites participatifs et l’on perçoit qu’il ne les apprécie guères. Mais les connaît-il vraiment ?

Il est dans son discours libéral pur et dur mais on sent qu’il ne fait pas parti des « digital native » et n’a pas pris conscience des modifications profondes de la consommation des contenus.

Le président insiste sur le droit d’auteur qui doit être défendu mais sans tabou et pense qu’il est inconcevable qu’un article ne puisse pas automatiquement être diffusé sur plusieurs supports.

Le président rappelle que la presse est une industrie et doit être modernisé. Les salaires de la distribution doivent augmenter, mais comment le financer alors que le coût des journaux est le plus élevé d’Europe.

Il fait une faible allusion aux problèmes de la presse dans d’autres pays et aux Etats Unis en particulier où un patron comme Rupert Murdoch annonce la disparition du papier dans 10 ans (Rupert Murdoch prédit la fin des journaux imprimés)

En conclusion le président n’a pas intégré le renouveau du modèle économique des contenus rendu possible par la mise en ligne de particulier entres eux.

On reste dans l’esprit que la technologie n’est qu’un « outil » permettant d’améliorer les choses et non pas un vecteur de nouveaux modèles économiques.

Espérons que les groupes de travails mettrons en avant que la technologie à ouvert une époque de croissance et de création d’une industrie et que cette même technologie, aujourd’hui, tant à refermer la même fenêtre pour en ouvrir d’autres.

Le président à par contre tout à fait raison sur les problèmes de concentration et sur l’importance de la marque qui doit être déclinée multi supports.

Tout n’est donc pas perdu mais il faudrait quand même que la prise de conscience du monde qui s’ouvre à nous ne peut se développer sur les bases d’aujourd’hui. Il y a une rupture, nous ne pouvons la bloquer, tentons d’en tirer profit pour le bien de tous.

Le président à rappelé que les aides à la presse représentaient 1 milliards d’euros par an payé par les contribuables, soit 10% des revenus. Faut-il les nationaliser comme les banques afin de garantir une pluralité de l’écrit ?

Qu’en pensez-vous ?

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lundi 6 octobre 2008, par Christian Jegourel
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