Alors que les différents services de catch-up TV et de vidéo à la demande fleurissent en France, la dernière étude des analystes média de Screen Digest prévoit qu’en France, le marché de la télévision distribuée sur internet devrait connaître une très forte croissance d’ici à 2013 et atteindre 74 millions d’euros de revenus dès 2010.
En quatre ans, les revenus des services TV en ligne devraient presque tripler et passer de 47 millions d’euros à 131 millions d’euros.
Les recettes publicitaires accompagneront très largement la croissance de ce marché.
Un démarrage tardif mais un modèle économique plus rentable
Les principales chaînes hertziennes gratuites en France ont lancé leurs services de télévision de rattrapage et de vidéo à la demande plus tardivement qu’aux Etats-Unis. En effet, TF1 et M6 n’ont commencé à proposer des programmes sur leur service gratuit de catch-up TV qu’au premier trimestre 2009 alors que le portail américain de vidéo à la demande Hulu avait été lancé par News Corp et NBC Universal aux Etats-Unis dès octobre 2007.
Pourtant, il n’en reste pas moins que les principales chaînes de télévision françaises ont mieux réussi à tirer profit de ce nouveau service en ligne et génèrent aujourd’hui plus de revenus que leurs homologues américains. Elles engrangent 10 centimes d’euros par programme visionné en streaming contre 6 centimes d’euros en moyenne aux Etats-Unis en 2009.
Contrairement aux chaînes américaines, les groupes audiovisuels français ont en effet adopté des stratégies publicitaires plus agressives. M6 a par exemple expérimenté deux séries de publicité avant chaque programme et imposé sur internet un nombre plus élevé de publicités vues par heure qu’aux Etats-Unis.
La publicité dynamise sans conteste la croissance des revenus de la télévision sur internet avec 65% de part de marché en 2009. Les revenues publicitaires devraient ainsi représenter 50,5 millions d’euros en 2010 et être complétés par 22,5 millions de revenus générés par les services payants. L’abonnement devrait en revanche générer à peine plus d’un million d’euros.
Mais le revenu par visionnage reste supérieur sur les plateformes payantes. Les chaînes françaises explorent donc plusieurs modèles économiques et mêlent contenus gratuits et payants afin de maximiser les rendements de la télévision sur internet. En plus des services de catch-up TV financés en partie par la publicité, France Télévisions, TF1 et M6 gèrent des services de vidéos en ligne (respectivement France TVoD, TF1 Vision et M6 VoD ) qui proposent des contenus payants.
Canal Plus poursuit aussi son développement en ligne et a déjà lancé un service payant et un service exclusif de catch-up TV et de VOD pour ses abonnés. Ces services sont accessibles directement sur le poste de télévision grâce à un nombre croissant d’appareils à connecter. Le groupe a donc adopté une stratégie audacieuse de distribution multi-supports de ses contenus. En effet, les chaînes de télévision européennes payantes ont été plus loin que leurs acteurs du marché américain qui se sont contentées de donner accès à leurs programmes sur PC. Canal Plus a par exemple signé un partenariat avec Microsoft afin de permettre la diffusion de ses contenus sur la Xbox 360. Ces efforts ont pour objectif de maintenir la position de Canal Plus comme ultime garant de l’exclusivité des contenus pour ses abonnés, d’écarter la menace d’un réseau de distribution qui le supplanterait, et de multiplier les voies d’accès à son service de télévision en ligne.
Tous contre un pour protéger les revenus de la télévision en ligne
Il incombe désormais aux groupes audiovisuels de s’organiser pour maintenir leurs recettes sur internet. TF1 a récemment confirmé être en pour parler avec d’autres chaînes au sujet du lancement d’un possible portail commun de télévision de rattrapage et de VOD. Ce site commun permettrait d’optimiser les recettes publicitaires en mutualisant les contenus. Cette stratégie devrait aussi assurer aux chaînes un meilleur contrôle sur les revenus publicitaires et écarter la menace que représente le possible déploiement à l’international de Hulu.
Ce n’est pas la première fois que les groupes audiovisuels français travaillent ensemble. Certains participent déjà à la Hbb TV (Hybrid Broadcast Broadband TV), une initiative paneuropéenne qui vise à harmoniser la distribution de contenus diffusés par Internet haut débit ou par voie hertzienne et que les particuliers reçoivent par le biais d’un téléviseur et d’un boîtier de décodage. Les boîtiers HbbTV hybrides devraient permettre aux consommateurs d’accéder directement à des services et contenus en ligne à partir de leur téléviseur.
Dan Cryan, Senior Analyste Broadband chez Screen Digest commente : « Alors que le marché des services TV en ligne repose sur les programmes télévisuels diffusés en différé, les chaînes traditionnelles qui bénéficient d’un accès direct aux contenus occupent une position dominante. A moins qu’elles ne réussissent à obtenir elles aussi des programmes de télévision à diffuser en différé, les plateformes vidéo qui regroupent plusieurs types de contenus, qu’elles soient des tierces parties locales ou internationales, auront du mal à attirer consommateurs et revenus. »







