
Déploiements réels de fibre optique ou effets d’annonces, controverse sur le nombre d’abonnés, mutualisation des fourreaux... Ou comment se presser lentement !
Après les effets d’annonces des opérateurs, l’an dernier, en matière de déploiements de fibre optique jusqu’à l’usager, la réalité des chiffres revient comme un boomerang. Un boomerang muet car les opérateurs jetent un voile pudique sur l’état réel de leurs déploiements.
En question ? Le coût exorbitant du génie civil et une question réglementaire clé qui freinent les investissements : quid de la mutualisation des fourreaux et des infrastructures existantes et à venir, quid du partage de la partie terminale vers l’usager ?
Pour l’heure, la fibre qui engage nos marchés vers le très haut débit pour les trente ans à venir, dessine des micro-monopoles par immeubles et des dessertes en peau de léopard. Photographie d’une grande muette qui a peine à sortir des égouts.
Les déploiements de fibre optique jusqu’à l’abonné s’avèrent déterminants pour anticiper la demande croissante en bande passante : en voix descendante, pour des services de télévision HD multiposte à domicile, comme en voix montante, car la production de contenu vidéo par les internautes progresse de façon spectaculaire.
Mais voilà, la fibre optique nécessite des investissements colossaux et sans équivalent avec ce que les opérateurs ont pu dépenser auparavant dans leurs réseaux. Pour en saisir l’enjeu, il suffit de se rappeler que la fibre optique obéit en France à la règle des trois 30 : 30 milliards d’euros pour couvrir 30 millions de foyers et doter la France d’un réseau de très haut débit pour les 30 ans à venir.
Certes, nous n’en sommes qu’au début des déploiements pour les quatre principaux opérateurs qui déploient de FTTH : France Télécom, Iliad-Free, NCNumericable et NeufCegetel. Mais déjà la controverse agite le microcosme.
La guerre du nombre d’abonnés d’abord, un chiffre qui devrait être un indicateur fiable de la réalité des déploiements et donc du respect du calendrier auquel chaque opérateur s’est engagé. Or certains opérateurs refusent de donner des chiffres, d’autres les surévaluent tout en restant le plus vague possible, d’autres encore décrètent que dès lors qu’une fibre est tirée dans un égout, tous les foyers sont réputés raccordés – alors qu’ils ne sont que potentiellement raccordables.
Quoi qu’il en soit, il semble qu’après la multiplication des annonces tonitruantes de l’an dernier, la réalité soit beaucoup plus nuancée : les déploiements de FTTH en France restent encore limités. Et confinés à des zones qui le sont tout autant.
La mutualisation ensuite. Ou plutôt les mutualisations. Parce que les investissements sont énormes, même un opérateur comme France Télécom ne peut, seul, couvrir le territoire. En outre, il apparaît impensable que plusieurs opérateurs tirent chacun leur fibre en parallèle jusqu’au pied de l’immeuble. D’où l’idée de mutualiser les fourreaux, tant les infrastructures de génie civil à l’extérieur que celles à l’intérieur des immeubles pour monter dans les étages jusqu’à l’abonné. Et pas seulement pour les nouveaux déploiements de fibre mais aussi pour les fourreaux déjà installés. Alors, quid des infrastructures de France Télécom qui possède le plus grand nombre de fourreaux ? Et quid également des réseaux câblés de NCNumericable et de son accès privilégié aux immeubles ?
Dès lors qu’on peut penser qu’il n’y aura pas plusieurs infrastructures d’opérateurs dans un même immeuble, ne serait-ce que parce que les syndics s’y opposent, comment éviter que l’utilisateur soit pieds et poings liés avec un seul fournisseur – en clair qu’il ne puisse avoir d’alternative s’il n’est pas satisfait du prix ou du service ? Réponse : en faisant jouer clairement la concurrence au niveau des prix de détail à l’usager c’est-à-dire en permettant au préalable à plusieurs opérateurs de vendre leurs services en utilisant un réseau de fibres d’un opérateur concurrent. Mais dans cette hypothèse, encore faut-il s’assurer de l’optimisation de l’occupation des fourreaux et d’éviter leur saturation comme c’est déjà le cas dans certains endroits.
Et voilà bien le cœur du débat. A l’extrême, on peut comprendre qu’un opérateur ait intérêt à se presser lentement : suffisamment vite pour prendre les meilleurs immeubles – c’est le côté « ruée vers l’or de la FTTH » -, surtout quand un égout se trouve à proximité pour réduire les coûts de travaux de génie civil ! Et suffisamment lentement pour ne pas être le seul à déployer de la fibre et devoir ensuite partager son réseau avec d’autres opérateurs qui se seront tournés les pouces – c’est le côté « course à l’échalote de la FTTH », exercice consistant à forcer quelqu’un à courir en le tenant par le col et le fond du pantalon, c’est-à-dire par la peau des fesses…
Le risque est bien entendu de se retrouver dans une situation où les déploiements de FTTH ressemblent à un puzzle incomplet, avec des zones de micro-monopoles, par immeuble ou par quartier, et une desserte en peau de léopard où seuls les points les moins chers à fibrer ou les plus captifs en termes de revenus intéresseront les opérateurs. Ceci sans parler des zones rurales qui n’ont évidemment pas la même attractivité que les zones urbaines, densité oblige !
Partager les coûts soit, mais à condition d’en partager aussi les revenus. Jusqu’à présent, les débats sur la fibre portaient davantage sur les coûts que sur les modèles de revenus. Or quels sont-ils ? A quels contenus et services se réfèrent-ils ? Quid du statut de câblo-opérateur de NCNumericable qui bénéfice d’un régime spécial pour diffuser ses chaînes et programmes audiovisuels dès lors que celui-ci est aussi un opérateur Internet via la fibre ?
Enfin, à l’heure où des opérateurs s’inquiètent de l’augmentation des tarifs de gros dans l’ADSL et disent qu’ils ne peuvent plus se battre dans les zones non dégroupées, quels sont les scenarii qui peuvent se produire avec la FTTH et comment les encadrer ?
Voilà en substance quelques uns des points qu’il serait bon de clarifier sans délai. A condition que les opérateurs retrouvent sur ce sujet leur fibre communicante...
Eric Montagne http://smartwipclub.googlepages.com
Articles en relation :
Free, Numéricâble, Bouygues Telecom : 2008 l’année de tous les dangers face à Orange et SFR Neuf
Numéricâble joue sa dernière carte en 2008 ?









