
Objectif Atteint
Sur les marchés matures, la régression des activités résidentielles traditionnelles (ligne fixe, accès bas débit) se poursuit sans discontinuer. Celle-ci est à peine compensée par la hausse des accès ADSL dont le nombre global, à l’échelle du groupe, passe de 8 millions à 10 grâce à l’impulsion des marchés français, britanniques et espagnols.
La baisse générale de l’ARPU est patente, tant sur le mobile que dans l’accès résidentiel. Celle-ci est toutefois amortie par la hausse relative du nombre de client, même en France. Autrement dit, si la guerre des prix pèse sur les comptes de FranceTelecom, ce n’est pas au point de faire baisser sa marge significativement. Celle-ci ne baisse d’ailleurs que de 0,1 point en passant à 36,3% même si le bol d’air provient largement des marchés en croissance (Sénégal, Côte d’Ivoire, Roumanie, Egypte, Jordanie).
Pour autant, sans leurs apports, les chiffres du groupe auraient été quasiment stables, qu’il s’agisse des marges ou du volume d’affaires. En pratique, la baisse de l’investissement, qui passe de 1387 millions d’euros à 1232, permet d’espérer une croissance du flux de free cash flow en 2007. Voilà qui contraste avec les baisses déjà sensibles, en ce domaine, chez Deutsche Telekom et Telecom Italia.

Dans ce contexte, on peut donc accorder crédit aux propos tenus par Didier Lombard, Président-Directeur Général de France Télécom qui a déclaré : « La croissance du premier trimestre traduit la performance opérationnelle du groupe France Télécom et conforte la pertinence de ses choix stratégiques dans un secteur en pleine mutation. ». Soulignons d’ailleurs que le management actuel de FT se tient à une stratégie globale qu’il suit depuis maintenant presque trois ans et dont les tenants et les aboutissants ont fait l’objet d’une communication appropriée au marché.
Sur ce terrain aussi, FT se démarque agréablement. On peut même raisonnablement penser que le bénéfice final devrait se trouver en légère hausse, du fait de la maîtrise de la dette qui aujourd’hui encore reste l’un des principaux coûts de la compagnie (3,2 milliards d’euros de frais financiers net sur 2006).
Le ratio de dette sur Ebitda devrait atteindre celui fixé par le management (inférieur à deux) mais la dette elle même devrait baisser en valeur absolue, jusqu’à passer en dessous des 40 milliards d’euros à la fin de l’année 2007. Le groupe n’attend d’ailleurs pas cet horizon pour profiter de sa flexibilité financière : les modalités des lignes de financement mises en place au début de l’année laissent clairement espérer que le taux moyen auquel FT rémunère sa dette sera en baisse, encore une fois.
Quelles perspectives ?
L’une des grandes vertus du positionnement actuel de FT est qu’il s’appuie exclusivement sur un déploiement organique. Contrairement à nombre de ses concurrents, à l’exception de BT, il n’est pas nécessaire de bouleverser les équilibres de l’entreprise pour obtenir des résultats satisfaisants.
Une hausse modérée du résultat net récurrent semble donc tout à fait dans les possibilités du groupe (de l’ordre de 5% ?). Reste que l’on sent bien que FT surveille attentivement le marché. La société a refusé de participer activement aux enchères concernant Télécom Tunisia pour des raisons financières toute à fait compréhensibles.
En revanche, rien n’interdit de penser que le tassement du prix des actifs télécoms sur les marchés matures ne la poussera pas à procéder à des acquisition.
Sur ce terrain, on peut pointer trois types d’acquisitions susceptibles d’intéresser FT.
La compagnie peut être tentée d’accroître ses parts de marché dans l’ADSL sur les marchés anglais et espagnol de façon à maximiser encore l’investissement déjà consenti, à l’image de ce que fait SFR en France. Sur ce terrain la rumeur veut qu’elle ait été coiffée au poteau par Vodafone pour le rachat d’un FAI espagnol. Il s’agirait alors d’opérations de petite envergure, facilement finançables sans altérer les ratios actuels.

L’opérateur peut aussi lorgner des opérateurs généralistes présents sur un seul marché domestique et dont le prix serait raisonnable. Pourquoi pas sur le marché italien (Wind propriété d’Orascom) o le marché portugais où FT dispose d’une participation minoritaire au capital de Sonae qui vient de rater son OPA sur Portugal Télécom.
Pour être beaucoup plus coûteuses, de telles opérations permettraient à l’opérateur de poursuivre sa stratégie d’opérateur généraliste global. Dans un tel cas de figure, la restauration de ses ratios financiers demanderait deux ans dans l’hypothèse de coûts d’acquisition voisins de 10 milliards d’euros.
Reste encore la possibilité de se mêler aux grandes manœuvres ; les intentions qui lui sont prêtées sur une participation dans Olimpia au capital de Telecom Italia sont assez significatives à ce sujet. Toutefois il semble bien que le management ne soit pas prêt à fragiliser des équilibres financiers difficilement préservés et se départisse de la prudence et de l’opportunisme de bon aloi qu’il a manifeste jusqu’ici.
C’est d’ailleurs en substance ce que précisait le directeur financier du groupe à propos de Telecom Italia, comme l’indique l’agence Reuters. "Nous n’avons pas d’appétit pour participer à des schémas capitalistiques de cette nature". Autrement dit France Telecom veut contrôler les investissements consentis et pouvoir générer à coup sûr un maximum de synergies le tout en obtenant un taux de retour compatible avec ses exigences. Il n’y a là rien qui interdise une opération de grande taille, surtout si les cours de bourse de certains opérateurs ont tendance à flancher.
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