Ce produit particulièrement innovant débarque dans un milieu quasi-statique depuis un moment, où les nouveautés arrivaient au compte goutte souvent grâce à des petits acteurs novateurs. Beaucoup d’hypothèses circulent sur le pourquoi d’une stratégie élitiste basée sur un système par invitation. Une qui semble ne pas avoir encore été évoquée est la façon dont Google a amené à moindre frais ses concurrents à baisser leurs marges.

Retour en 2004, rappelons la situation à l’époque : Yahoo ! détient 30% et Hotmail 33%, le reste étant dilué (Lycos, Sina, Excite, AskJeeves… - Forbes (28.09.04)). Yahoo ! Mail donc proposait 4 MO d’espace de stockage, et Hotmail 2 MO (cela paraît bien loin !!). Leur interface était rudimentaire et tout deux finançaient leur service via des bandeaux publicitaire et des services premium étendant les capacités initiales.
Voilà Gmail qui arrive dans la sphère Internet avec une foultitude de nouveautés. Une interface très innovante (basé sur des commandes AJAX) avec surtout 1 GO d’espace disponible. Un message choc : n’effacez plus jamais vos mails ! Couplez à cela une quantité d’autres options et un système d’affichage des mails sous forme de discussion (particulièrement adapté aux entreprises) en rupture avec les présentations précédentes. Bref on l’a compris Gmail bouscule tout le monde et réveille d’une claque les géants. En 8 mois, Gmail récupère 4% des parts de marché. Et pourtant pas de bandeau publicitaire, pas d’accès libre, seulement 6 invitations par compte crée. Deuxième claque !
Le réveil est progressif mais à néanmoins bien lieu, pour endiguer l’hémorragie Yahoo passe à 100 MO et Hotmail à 25 MO puis 250 MO. Aujourd’hui nous sommes à 2 GO pour les deux. Et où en sont les parts de marché en 2006 : Yahoo ! Mail est à 42 %, MSN Hotmail à 23 %, MySpace Mail à 20 %, et Gmail à 2.54 % (données à pondérer par l’imprécision des moyens de mesures - Source (21.04.06)). Cherchons l’erreur !

Ainsi donc les concurrents de Google ont grossit plus vite et ont conservé, voire repris des parts de marché. Les petits acteurs ont quasiment disparu où alors jouent un rôle secondaire. Google a imposé ses standards et son approche en occupant le terrain des nouvelles techniques de programmation. Il est devenu la référence. Au delà de ce prestige, on sait bien dans l’économie actuelle que celui qui impose son point de vue est celui qui forge son avenir de meneur, tandis que ses concurrents seront des suiveurs payants lourdement la RD nécessaire pour se plier aux règles édictées par un autre. Deuxième avantage, il me semble moins risqué d’offrir aujourd’hui presque 3 GO d’espace de stockage à 2,54 % des utilisateurs que 2 GO à plus de 42 % de ces derniers. Car même si l’espace n’est, bien sûr, presque jamais rempli, on est dans un rapport de 16 à 1 pour Yahoo !
Bref, Google a planté son glaive et a saigné les acteurs dominants qui ont dû revoir leurs gains à la baisse et leur business model de peur de perdre leurs meilleurs clients. Le webmail étant le centre névralgique vers les autres services à plus fort taux de monétisation. Cette stratégie du faible au fort n’était probablement pas dans les plans initiaux de Google. Celui ci voulait certainement, comme à son accoutumé, récolter des statistiques et finaliser son offre pour le grand public. Seulement ouvrir ses portes presque 3 ans après c’est long et surtout tard. Il se peut que le temps laissé aux compétiteurs pour se mettre à jour joue contre Google qui ne propose maintenant plus d’arguments massues pour motiver une migration majeure des utilisateurs qui ne prendront pas cette décision à la légère. Car toujours réticents au changement fréquent d’adresse mail. A moins bien sûr que Google n’ait gardé une botte secrète en réserve.
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