
Le petit poucet Google s’est-il mué en Ogre ? Le nouveau géant, dont la devise est "Don’t be evil", poursuit une politique d’acquisition faramineuse qui enrichit ses services d’une part (le dernier en date est Panoramio) et d’autre part son assise publicitaire (avec Doubleclick mais aussi Feedburner). Au bout de seulement 10 ans, le géant de l’internet a vu sa valorisation atteindre pratiquement la moitié de celle de Microsoft...
Or, à mesure que la grenouille grossit, elle inquiète, et la concurrence - Microsoft en tête, qui l’attaque pour abus de position dominante - et les associations de protection de la vie privée, américaines ou européenne. C’est ainsi que l’Europe, par la voix du groupe de travail de l’article 29 suivant le "Center for Digital Democracy" (CDD), s’interroge sur sa politique de conservation des données des internautes.
C’est que, comme le rappelle la récente plainte du CDD, 3,5 milliards de requêtes (données Comscore) ont été effectuées sur le moteur de recherche, sur les seuls Etats-Unis, pour une part de marché de près de 50%. A l’échelle mondiale, Google peut se targuer d’une audience de plus de 500 millions d’utilisateurs uniques (sur un total de 730, données Comscore).
Google est-il en train de se muer en Big Brother ?
Non, pas dans le sens d’Orwell. Car l’intelligence du modèle est là : ce sont les internautes eux-mêmes qui remplissent la gigantesque base de données. En recherchant des informations, en rédigeant leur courrier, en taggant des vidéos. Ce sont eux qui, à l’insu de leur plein gré, renseignent Google sur leurs centres d’intérêt. Intérêts individuels qui, agrégés, permettent d’établir les centres d’intérêt d’une population moyenne à un instant T. C’est le fameux indice "Zeitgeist", qui définit les plus fortes progressions de mots clés sur les moteurs de recherche de Google, indice qui permettra ensuite de calculer la valeur dudit mot clé, en fonction de son audience...
Mais ce crowdsourcing, qui permet de se passer d’études comportementales, s’apparente à un sondage en temps réel et se double de la définition du profil sociologique personnel de l’internaute. Dis moi ce que tu cherches, je te dirai ce que tu vas consommer. On en arrive à typer un consommateur non plus par CSP, mais par comportements. Un rêve pour les publicitaires qui peuvent insérer en temps réel un message personnalisé dans un flux, un cauchemar pour les massmedia. Et lorsque l’on voit l’accroissement de l’investissement internet (chiffres avril 2007 français ici) alors que les autres investissements media stagnent, on comprend mieux les politiques des uns et des autres pour être présents sur toutes les plateformes du web.
Ce qui est sûr, c’est que le métier de Google s’apparente de plus en plus à celui d’un Aegis ou d’un Carat, à l’échelle mondiale. Avec un nombre d’espaces en constante augmentation, individuels, multi-supports, et bien souvent privés. Ajouté à cela que le caractère même du web permet un return path en temps quasi réel, et que la convergence ouvre des espaces publicitaires insoupçonnés, et la fringale du petit Poucet de Mountain View n’est pas prête de s’arrêter.
Si l’on suit les mouvements anti-concentrations de ces dernières années, il est probable que Google sera un jour démantelé en deux activités distinctes : d’une part la recherche (et les services), de l’autre part la publicité. Mais pour le moment, des attaques, Google n’en a cure. Il a une parade : l’historique des recherches effectuées sur le moteur, que ce soient des liens, des images ou des vidéos, un service qui n’a déjà plus besoin de Google desktop. Ou quand la perte de la vie privée est compensée par le confort d’utilisation. Don’t be evil...








