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Grand Emprunt, du pour et du contre, analyse en détail

lundi 23 novembre 2009, par Olivier Ezratty
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Michel Rocard et Alain Juppé ont remis leur rapport à Nicolas Sarkozy au sujet du grand emprunt jeudi 19 novembre 2009. Il est disponible sur le site web de la Présidence de la République.

Je vais ici en faire le point faisant écho au séminaire Grand Emprunt et Numérique organisé par NKM en septembre dernier. J’avais fait part de quelques réserves à l’époque (partie 1, 2 et 3). Voyons ce qu’il en est.

Le numérique est concerné à des degrés divers dans ces propositions. Des sept axes, un est dédié au numérique (le 7), et deux vont bénéficier à ce secteur d’activité (le 1 et le 2).

Priorités du grand emprunt

On sait que la commission propose un grand emprunt de 35 Md€. Si l’on prend 10% de l’axe 1 sur l’enseignement supérieur et la recherche et 20% de l’axe 2 sur les PME innovantes, cela donne avec l’axe 7 un total de 6,1 Md€, soient 17,4% des investissements proposés dans le plan. C’est assez substantiel quand on compare cela aux sources de financement existantes (voir des données ici et ). Donc, ceux qui criaient au loup au début de l’année en dénonçant un plan de relance qui avait initialement ignoré le numérique ne vont pas être déçus ! D’autant plus que les propositions sont “vues de haut” plutôt bien senties. Mais c’est souvent dans les détails que se nichent les difficultés ou les erreurs d’analyse.

Je vais donc faire un petit point sur ces propositions à la méthode classique bons points / mauvais points.

Plutôt bien… mais à creuser

- Le rapport place bien la France dans la compétition mondiale (dans l’introduction).
- Il démontre une volonté de bien faire dans la gestion des fonds qui seront alloués. Il propose la création de Comités de surveillance. Comme ces bonnes volontés sont souvent contournées dans la pratique, espérons que cela sera fait avec sérieux. La composition des dits comités en dira long sur le sujet.
- Axe 1 (universités/recherche) : la focalisation des investissements sur quelques pôles universitaires d’excellence (5 à 10). Cette approche va-t-elle tenir face aux coups de boutoir des régions, élus et autres lobbies qui vont pousser leur filière ou leur établissement, aboutissant à un résultat similaire à nos 71 pôles de compétitivité ? Je mets ma main à couper que le résultat ne sera pas “5 à 10”, mais “10 à plus…”. Et si je me trompe, alors, tout sera parfait !
- Axe 1 : la compréhension du besoin de valorisation des résultats de la recherche. Avec l’écueil habituel d’une vision trop traditionnelle des processus d’innovation (de la RD aux produits puis aux marchés). Les innovations de rupture viennent rarement de ce genre de circuit, tout du moins dans l’immatériel et le numérique.
- Axe 2 : la volonté d’améliorer le financement en fonds propres des PME innovantes, par le biais notamment du financement direct ou indirect de fonds d’investissement. Cela pourrait compenser la baisse des levées de fonds des VC et des FCPI qui a démarré en 2009 et impactera leur capacité d’investissement dès 2010. Mais est-ce que cela va compenser une déficience du marché, là où la puissance publique doit intervenir en théorie ? En première approche oui. Mais à y regarder de près, non. Le marché est logique : il n’investit pas là où les rendements ne sont pas bons. Et celui des fonds d’investissement dans l’innovation en France n’est pas bon car les sociétés ne grandissent pas assez, les sorties ne se font pas ou se font trop vite, les grandes entreprises françaises font peu d’acquisition (même lorsqu’elles se portent bien). Ce n’est donc pas seulement un problème de financement. C’est aussi un problème de compétences notamment ventes/marketing/communication, de volonté, de style de management, d’exportations, de gestion même du circuit de l’innovation, de marché intérieur timoré, etc. Là, on ne traite que de la partie financière de l’équation. Comme toujours et c’est bien dommage. On entend parler aussi de fonds sectoriels mais les secteurs ne sont pas définis. Le logiciel était dans les rangs, mais là, suspens…
- Axe 2 : la création de budgets supplémentaires pour Oséo à fin de financer l’amorçage des entreprises innovantes. 1,5 Md€ est très significatif par rapport au budget d’Oséo Innovation qui est de 271md€ en 2009 et s’inscrit dans un total d’aides à l’innovation d’environ 700m€ quand on intègre l’ancienne AII, les pôles de compétitivité et le Concours National des Entreprises de Technologie Innovantes. Donc, cela fait “fois trois” d’un coup. Le rapport ne précise pas sur combien d’années ce financement doit être étalé. Il serait sage de l’indiquer. La commission se contredit un peu car d’un côté (page 43), elle indique que les budgets doivent être gérés de manière étanches par rapport à l’existant. Dans ce cas précis sur Oséo, le budget n’est qu’une augmentation des moyens d’une organisation dont la dotation de l’Etat a baissé dans la catégorie en question (le financement de l’innovation). Le risque est grand de voir l’enveloppe traditionnelle d’Oséo Innovation baisser encore l’année prochaine malgré les précautions de langage de la commission. A surveiller de près…
- Axe 7 : le financement des infrastructures de très haut débit, pour 2md€. L’intention est bonne. Bravo si cela impulse le déploiement du très haut débit en France et en phase avec la création de startups dans les usages associés. Mais j’écrivais après le séminaire grand emprunt numérique en septembre 2009 que cela améliorerait surtout la couverture géographique mais sans générer d’impact économique majeur. Le rapport fait référence à un effet de levier sur les 20 à 40 Md€ nécessaires dans le privé pour déployer la fibre en France, en s’appuyant sur l’exemple coréen. Mais l’exemple coréen n’est pas réplicable car ce pays est essentiellement concentré sur trois zones urbaines (Séoul = plus de 40% de la population du pays !). La fracture géographique ne les concerne pas vraiment. Donc le fonctionnement de cet effet de levier mériterait d’être précisé pour la France. Ces 2 Md€ serviront seulement à financer les zones faiblement habitées (dites zones 3 pour l’ARCEP) où l’investissement privé ne peut pas être rentable.Plutôt moins bien, mais pas forcément désespéré

- Le rapport est assez succinct. Les analyses et les justifications sont très superficielles. Par exemple, la version détaillée de l’axe 7 sur le numérique prend 5 pages en tout et pour tout. Pour être précis : 124 à 128. Pour 4 Md€ d’investissement, cela ne fait pas lourd le business plan comparé aux paperasseries demandées aux startups qui demandent 150 K€ ! C’est le propre de l’action politique que d’effleurer la surface des choses, surtout quand cela sort de son domaine de compétence. Mais là, c’est le pompon.
- La vision proposée est naturellement focalisée sur le financement et sur ses modalités générales (sinon, pourquoi un emprunt…). Cela limite la portée de l’analyse sur les facteurs de succès non financiers de l’innovation, même si le rapport préconise une gouvernance précautionneuse pour gérer et évaluer des investissements. Donc, il n’y a pas d’analyse de l’existant ni de propositions de ré-allocations. A noter ce très intéressant rapport du conseil des prélèvements obligatoires remis en octobre 2009 qui met un peu les pieds dans le plat sur certaines absurdités des aides aux entreprises. En est-il tenu compte ?
- Le côté obscur habituel du processus de décision qui n’en est pour l’instant qu’au stade des propositions, qui passe ensuite par l’Elysée et nos représentants nationaux. Interviendra alors le découpage géographique des aides, le clientélisme, etc. Comment s’en prémunir véritablement et le plus en amont possible et pas seulement dans l’évaluation à postériori ? En amont, le rapport n’indique pas qui a été consulté (des centaines de personnes, oui, mais où et qui ?).
- Axe 1 (universités) : le modèle proposé tourné “vers la connaissance” et donc de l’immatériel est séduisant mais c’est un fourre tout pratique qui n’est pas forcément bien défini. Construire des Airbus fait-il partie de la connaissance, ou d’une logique industrielle avec des usines (et l’on se bat pour les conserver en France) ? Ou les deux ?
- Axe 1 : pas un mot sur le besoin de mieux mélanger les disciplines dans les pôles universitaires d’excellence. On parle de “pluridisciplinarité”, mais sans le définir. Quid de l’association des sciences dites molles et dures ? C’est une bonne pratique dans les universités américaines qui ne semble pas reproduite en France. Ainsi, le pôle universitaire en devenir de la Vallée de Chevreuse (Orsay, Gif, Saclay, Joy, Palaiseau) concentre surtout des grandes écoles et universités scientifiques. Il y a juste HEC, un peu décentré, à Jouy-en-Josas. Quid de la santé, du droit, de la sociologie ? Les approches transversales sont pourtant les mieux à même de faire germer des innovations. Pas la culture en bouillon d’ingénieurs ! Même chose dans les aides à l’innovation (axe 2) où rien de spécifique n’est dit sur la partie “business” de l’innovation. Pourtant, l’un des déficits, un peu tabou, en France dans le domaine, et surtout dans le numérique, ce sont les compétences business.
- Axe 2 (financement des PME innovantes) : on ajoute 2 Md€ pour financer les ETI/PME, mais sans évoquer les différents facteurs qui expliquent le trou démographique d’entreprises de cette taille en France. Donc, on re-bascule dans la logique du financement. Qui s’ajoute aux 6 Md€ déjà injectés en début d’année dans le Fonds Stratégique d’Investissement dont le pipe n’est pas suffisant pour avancer. Un FSI qui vient d’investir dans DailyMotion…
- Axe 2 : la création de nouveaux fonds d’investissement. Il y a d’ailleurs un “Fonds d’innovation sociale” dont le périmètre sectoriel qui n’est pas défini ne va forcément améliorer notre compétitivité. Dans la mesure où il s’agit souvent de services locaux, et pas de création de valeur donnant lieu à des exportations. Les services à la personne, cela ne s’exporte pas !
- Axe 2 : au sujet du financement PME innovantes pour Oséo, cette permanence de l’inflexibilité sur la proportion des fonds propres qui doivent être apportée par le privé (au moins 50%). Avec un contre-sens montrant une incompréhension des modes de financement des entreprises innovantes. Je cite “La part d’Oséo dans le financement bancaire total ne devant jamais excéder 50%. Cette exigence permettrait de s’assurer d’un réel effet d’entrainement du secteur bancaire et d’un partage des risques”. A moins de considérer que les business angels et les fonds de capital risque font partie du financement “bancaire” ! Est-ce que l’apport de fonds publics va automatiquement augmenter les fonds privés associés ! C’est loin d’être évident. Les banques resteront frileuses sur les PME innovantes dont elles ne comprennent pas le business, surtout dans l’économie de l’immatériel. Les FCPI auront toujours du mal à lever des fonds. Quand aux business angels, on a atteint un palier – certes significatif – avec les exonérations d’ISF. Il aurait été intéressant d’associer ce dispositif avec des propositions visant spécifiquement à augmenter les investissements privés. Ou bien alors, proposer une révision du dogme du ratio de fonds propres !
- Axe 6 (transports de demain) : circonspection devant les 2md€ proposés pour financer l’industrie aéronautique et spatiale de demain. Comment cela se compare aux budgets de RD d’EADS, de l’Onéra et de l’ESA ou Arianespace ?
- Axe 7 (numérique) : la création d’une “agence du numérique”, parait-il suggérée par NKM, qui aurait ainsi “son administration” (modulo le mode de gouvernance et l’indépendance éventuelle d’une telle agence). Quelle gouvernance ? Une agence avec un budget “one shot” ? Quel budget de fonctionnement, qui sera récurrent tout de même ? Malgré les précautions prises dans la méthode proposée, il y a un risque énorme de gaspillages et de clientélisme. Car il propose de créer un “fonds de numérisation de la société” doté de 2 Md€ pour le financement amont de projets soit l’équivalent de 40 appels à projets à la sauce serious gaming / web 2.0 ! Mazette ! A titre de comparaison, le budget de l’INRIA est de 186 m€. En prenant un coût total de 60K€ pour un ingénieur par an (optimiste, basé sur un salaire de débutant de 30K€ en moyenne, qu’on trouve rarement dans les startups), cela représenterait 33000 années/hommes. Si l’on suppose que le plan est étalé sur 5 ans, cela fait donc un financement de près de 7000 ingénieurs par an dans les startups du numérique. Or, il s’en crée environ 2000 par an maximum, sachant que dans le tas, il y en a quelques centaines qui ont de l’avenir. L’Etat n’a pas sous la main les ressources pour trier et sélectionner autant de projets ! Autant dire que la sélectivité tomberait à l’eau en pareil cas. Ou bien ce dispositif va encore servir à financer par effet d’aubaine les (quelques) grandes entreprises du secteur et déjà habituées des pôles de compétitivité et autres sources de financement public. C’est sûr que si on balance 150 m€ chez Bull pour financer une infrastructure de cloud computing, cela partirait vite. On apprend sinon page 125 que cette agence du numérique sera intégrée à la “future délégation nationale du numérique”. Il s’agit de l’entité dont la création était recommandée dans le plan Besson… datant d’il y un an déjà. Par ailleurs, ces fonds sont des avances remboursables et des prêts. Pourquoi les séparer d’Oséo Innovation et créer un guichet de plus ? N’est-il pas trop focalisé sur la recherche et l’expérimentation alors que, c’est un paradoxe, l’essentiel des innovations d’usage dans le numérique ne sont pas purement technologiques au sens RD du terme ? Donc … ?

Bref, modulo la partie qui concerne les universités qui n’est pas trop mal, il y a plus d’argent dans ce plan que d’intelligence mise à le rendre opérationnel et bien intégré à l’existant. Parfois, les proportions frisent la gabegie compte-tenu du dimensionnement du marché. Et je ne me suis pas penché sur les autres priorités (santé, environnement durable, ville)…

Il serait temps que la puissance publique ait une vision systémique globale des mécanismes de l’innovation au lieu de traiter presque tout par le biais du financement. Est-il totalement illusoire d’avoir une telle attente ? Pour ma part, je ne suis pas dans la “protestation permanente”. Cf le guide pour les entrepreneurs et les 29 propositions qui sont toujours d’actualité !

Sur le sujet du grand emprunt, vous pourrez aussi lire cet article tout aussi circonstancié sur 01Net.

lundi 23 novembre 2009, par Olivier Ezratty
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Réactions
  • Einstein : « La folie, c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent "

    anonyme
    par hs47 - 26 novembre 2009 15-36

    OUI au grand emprunt en faveur de l’innovation en France mais définitivement NON à OSEO pour le choix d’affectation des prêts aux innovateurs, sinon le grand emprunt ne sera qu’un feu de paille qui ne fera qu’alourdir la dette nationale, sans amélioration pour l’économie française et l’avenir des générations futures en France.

    Castré par OSEO et ses bureaucrates, ses technocrates et ses hauts fonctionnaires, les innovateurs français sont aphones. Redonnez des moyens financiers aux innovateurs en direct en ne conditionnant plus l’octroi des moyens financiers à des structures administratives, bureaucratiques et technocratiques du type OSEO en situation de monopole absolu, mais par une analyse et une expertise scientifique et technique de chercheurs, de scientifiques et de laboratoires aux compétences reconnues choisies par l’innovateur et non par le dictat d’OSEO.

    Pourquoi les innovateurs sont-ils en voie d’extinction en France ?

    2 exemples d’innovateurs castrés par les "élites bureaucratiques françaises", mais grâce à qui je peux vous rédiger et vous envoyer ce message :

    - François GERNELLE inventa, en 1972, le premier micro-ordinateur du monde, 3 ans avant les américains (Brevet 73 03 553 pour le Micral et 73 03 552). Il travaillait au sein de la société R2E dirigée par André TRUONG. Cette société a été ensuite rachetée par Bull (entreprise d’État dirigée par des élites bureaucratiques) et c’est IBM (USA) en 1975 qui va développer le micro-ordinateur et imposer sa machine au reste du monde …

    - Louis POUZIN développait un projet nommé "cyclades" de 1971 à 1974. Mais les PTT (ancêtre de France Telecom Orange) développaient un autre support, le Minitel et ne voulaient pas de concurrence. Ils demandèrent donc à l’État français (ANVAR/OSEO) de stopper le financement de ses travaux de recherche. Louis POUZIN partit aux Etats Unis ou ses travaux furent repris par Robert Kahn et Vinton Cerf pour créer le protocole TCP/IP c’est-à-dire la "petite innovation" (…) qui s’appelle internet. Au fait, vous avez encore un minitel, vous ?...

    « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » Jean Monnet La crise, révélateur criant de l’échec des élites bureaucratiques et technocratiques, doit permettre de libérer enfin les innovateurs, ceux qui pensent différemment, pour trouver des nouvelles pistes et les solutions de demain.

    Pourquoi les innovateurs ont-ils disparu ?

    Ou pourquoi la France, malgré ses chercheurs performants, est-elle un des pays qui innove le moins au monde ? Il faut bien distinguer invention et innovation, termes trop souvent confondus. L’invention est la plupart du temps issue de la recherche fondamentale, elle fait l’objet d’un dépôt de brevet, ce qui n’est pas forcément le cas de l’innovation. Toute invention ne débouche malheureusement pas sur une innovation. L’innovateur s’empare d’une invention, parfois inconsciemment, parce qu’il va imaginer des applications industrielles auxquelles les chercheurs et/ou les inventeurs n’auront pas pensé. L’innovation c’est le passage de l’invention à l’industrialisation grâce à l’innovateur.

    Problème : depuis plus d’un demi siècle, l’État français à bureaucratisé l’innovation, au sein de technostructures en situation de monopole absolu sur le financement et la labellisation (FCPI) de l’innovation en France au travers d’OSEO (ex ANVAR). Cette bureaucratie technocratique pesante concentre TOUS les moyens de financement de l’innovation. Son action a été réellement castratrice pour les innovateurs et dévastatrice pour l’économie nationale, notre industrie et les emplois qui vont avec.

    SCHUMPETER, économiste visionnaire qui a démontré toute l’importance économique de l’innovation au travers de l’explication des cycles de Kondratieff, à écrit en 1944, dans capitalisme socialisme et démocratie : « La concentration de capital (ndr OSEO) tend à bureaucratiser l’innovation (ndr OSEO) et à priver la fonction d’entreprise de sa justification la plus profonde, ce qui peut mettre en cause la survie du capitalisme ».

    Concentration de capital - bureaucratisation - ça ne vous rappelle rien ?

    Schumpeter observait-il la France, OSEO et son monopole exclusif du financement des innovations ???... Examinons l’action réelle de la bureaucratie en charge de l’innovation en France : elle est censée aider les PME à développer des solutions innovantes et la création d’entreprises innovantes en France, mais qu’en est-il en réalité sur le terrain ? Elle est uniquement composée de bureaucrates dont la seule expérience du risque d’entreprise se limite à prendre l’ascenseur tous les matins pour rejoindre leurs confortables bureaux…

    Dès lors, il ne faut pas s’étonner que seules quelques innovations mineures ou "gadgets alibis" soient soutenues par cette bureaucratie, celle-ci préférant, la plupart du temps, jouer les "mouches du coche" sans risque, à grand renfort de moyens financiers et surtout de communication pour justifier son existence sur LCI par une auto congratulation de type Corée du Nord, sur des innovations déjà en phase préindustrielle, largement financées et structurées par des grands investisseurs privés ou préfère financer des multinationales qui n’en n’ont pas besoin (VALEO par exemple), moyen pratique pour l’État d’échapper aux contraintes des aides européennes sur le financement national des grandes entreprises sur le bon dos de l’innovation, au lieu des vrais PME innovantes, il est vrai plus risquées, puisque créées par des innovateurs (PME = moins de 50 millions d’euros de CA, moins de 250 salariés et moins de 43 millions d’euros de total de bilan, norme et définition européenne des PME).

    Cette bureaucratie technocratique, d’un autre âge, n’est que le Canada dry de l’innovation qui castre les innovateurs par le blocage du financement des projets réellement innovants, en particulier des prototypes et des démonstrateurs, et empêche les innovateurs de prouver qu’Einstein avait raison lorsqu’il écrivait : « L’imagination est plus importante que le savoir » « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information ». « Inventer c’est penser à côté » Mais il a aussi écrit que : « La bureaucratie réalise la mort de toute action » … Einstein connaissait-il l’ANVAR ou OSEO ???...

    Le gouvernement doit faire l’effort de comprendre que le plus gros castrateur d’innovateurs, qui réalise la mort de toute action, n’est autre que cette bureaucratie sclérosante dont OSEO en est la parfaite représentation et qu’il faut DE TOUTE URGENCE et IMPERATIVEMENT lui enlever tout lien avec l’Innovation, à laquelle elle ne comprend rien, notamment en matière de labellisation qui donne accès aux ressources financières des FCPI, pour éventuellement la transformer en banque publique des PME, sur le modèle de l’ancienne BDPME et en entreprise de garantie (SOFARIS).

    Le meilleur financement des innovateurs, c’est le financement direct privé et les fonds du grand emprunt octroyés sur avis des chercheurs, des scientifiques et des laboratoires aux compétences reconnues choisis par des gens qui viennent de l’entreprise et qui sont à même d’apprécier les porteurs de projets et leurs idées novatrices, étant eux-mêmes, à l’origine, bien souvent des innovateurs.

    Qui mieux qu’un innovateur peut comprendre le projet d’un autre innovateur ?

    Sûrement pas un bureaucrate ou un technocrate d’OSEO ! La loi ISF/TEPA (art 885-0 V bis) est une bonne initiative, qui va dans le bon sens et qui pourrait être améliorée par l’amorçage direct des innovateurs en améliorant les points suivants :
    - dégressivité du taux d’exonération fiscale en fonction de l’ancienneté de la société (amorçage à - 1 an : 90% ; 1 à 2 ans : 80% ; 2 à 3 ans : 75 % ; 3 à 4 ans : 70 % ; 4 à 5 ans : 60 % et rien au-delà puisque les structures étatiques peuvent alors intervenir sans risque).
    - déplafonnement jusqu’à 1 000 000 €uros par an et par personne pour l’amorçage (au lieu de 50 000 €uros) et dégressivité ensuite sur le modèle précédent, reportables sur 5 ans en cas d’excédent.
    - interdiction impérative et absolue aux banques (FIP ISF), aux organismes financiers et à la bureaucratie publique (OSEO), cela va de soit (…), de pouvoir capter cette ressource financière privée essentielle (holdings 100 % privées et CIF autorisées) à la croissance des innovateurs.

    Dans le même genre d’initiative, l’article 199 ter pourrait être modifié pour booster les ressources nécessaires à l’amorçage des innovateurs en améliorant les points suivants :
    - Augmentation de 25 % à 75 % de la déductibilité des investissements dans des entreprises en amorçage avec le même mécanisme de proportionnalité en fonction de l’ancienneté de l’entreprise que l’art 885-0 V bis.
    - Déplafonnement jusqu’à 500 000 €uros par an et par personne reportables sur 5 ans.
    - Interdiction impérative et absolue aux banques (FIP et FCPI), aux organismes financiers et à la bureaucratie publique (OSEO), cela va une nouvelle fois de soit (…), de pouvoir capter cette ressource financière complémentaire essentielle à la survie des innovateurs.
    - Cumul de déduction possible avec l’article 885-0 V bis. Le surcoût de ces 2 mesures pourrait-être pris en charge et financé par le grand emprunt dans le cadre des mesures destinées à favoriser l’innovation.

    Lourdeur de la bureaucratie, financements atrophiés, banques frileuses.

    Au travers des mesures de simplification administratives et techniques, le gouvernement a voulu insuffler une dynamique réconciliant les français avec la création d’entreprise et l’entreprenariat, rompant volontairement avec l’État providence et l’assistanat qui étaient la règle jusque là.

    Mais le système de financement et d’amorçage d’entreprises nouvelles étant ce qu’il est en France (nul ou ridicule), les banques ayant une aversion du risque qui les amènent à préférer largement le financement des déficits exponentiels, en croissance régulière, des collectivités locales en toute sécurité publique (nos impôts à tous) plutôt que les entreprises privées, il y a un risque que les innovateurs, qui se sont lancés dans la folle aventure de l’entreprise, se trouvent fort dépourvus lorsque la crise fut venue … et n’en viennent à regretter et à haïr l’entreprise … effet inverse de celui qui était pourtant initialement recherché, obligeant le gouvernement à revenir de force à l’État providence et à l’assistanat…

    D’où la nécessité de financements directs accompagnés par des prêts issus du grand emprunt, sans aucun intermédiaire bancaire (aversion des banques pour le risque d’entreprise qui lui préfèrent le « casino boursier international ou le financement sans risque des déficits des collectivités publics ») ou bureaucratique d’État au travers d’OSEO (incompétence).

    Je fais partie de cette variété d’innovateurs, ayant déjà fait ses preuves depuis 23 ans en créant plus de 200 emplois directs (600 induits dans les services) dans l’industrie et en innovant. J’ai malheureusement "expérimenté" les "services bureaucratiques " de l’État (OSEO), je sais de quoi je parle…

    Après une telle expérience, je ne souhaite pas à mon pire ennemi d’avoir un jour à faire aux technocrates décadents (pléonasme) qui peuplent ces administrations bureaucratiques kafkaïennes dont le modèle s’apparente à l’administration de l’ex URSS et celle de ses kolkhozes, sovkhozes et autres conglomérats.

    Ecœurant, la bureaucratisation poussée dans sa logique extrême, nombriliste, la folie administrative dans son paroxysme, un remède contre la création, la négation de l’intelligence et de la créativité, le désespoir de l’esprit d’entreprise, la castration chimique de l’innovateur et de son imagination. En bref, un remède dissuasif contre l’amour et l’esprit d’entreprise.

    Les politiques ont trop facilement invoqués des chercheurs qui ne trouvent pas, confondant invention et innovation, tout en exigeant, dans le même temps, des taches de plus en plus administratives, telles que des grilles de performances basées sur la multiplication de publications dans des revues scientifiques au détriment de la recherche pure, c’est-à-dire leur cœur de métier.

    Par ailleurs, pour valoriser nos brevets qui dorment dans des placards, le principe du libre accès gratuit sur internet à TOUS LES BREVETS, y compris les plus récents, devrait être généralisé, classé par secteur d’activité, pour permettre aux innovateurs d’innover et de valoriser la recherche française, les chercheurs, les universités et les laboratoires.

    L’État pourrait simplement instaurer une redevance en cas de "success-fees" (réussite) automatique, proportionnelle et assise sur le chiffre d’affaire que réaliserait l’entreprise grâce aux brevets, selon un mécanisme équivalent à la TVA. L’État, via éventuellement OSEO, redistribuerait ensuite cette redevance aux différents propriétaires des brevets.

    Harold J. LEAVITT (Professeur de sociologie américain) a écrit : « Les innovations sont presque toujours le fait d’explorateurs individuels ou de petits groupes, et presque jamais celui de bureaucraties importantes et hautement structurées. » Harold J. LEAVITT avait-il observé les "résultats" d’OSEO ???!!!... Pour Einstein : « la folie, c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ».

    Toute la question est de savoir si nos dirigeants politiques, face ou grâce à la crise, ont assez de volonté pour développer une véritable politique dynamique de l’innovation à la place d’une bureaucratie sclérosante, décadente, d’un autre siècle (OSEO), car "rien ne presse (n’accable) un État que l’innovation : le changement donne seul forme à la tyrannie" (Montaigne) - tyrannie en particulier du monopole d’OSEO sur le financement de l’innovation et du dictat de sa bureaucratie omnipotente.

    "là ou il n’y a pas de vision, les gens périssent" (La Bible - Proverbe 29-18). "Innover, ce n’est pas avoir une nouvelle idée mais arrêter d’avoir une vieille idée" Edwin Herbert Land. "Celui qui n’appliquera pas de nouveaux remèdes doit s’attendre à de nouveaux maux ; car le temps est le plus grand des innovateurs" Francis Bacon. "Entreprendre consiste à changer un ordre existant" Schumpeter. "Expérimenter c’est imaginer" Nietzsche.

    L’innovateur funambule...

    Au travers de ce grand emprunt, c’est toute notre économie et l’avenir des générations futures en France qui dépend de son usage et, à travers cet usage, du choix des décideurs en charge de la dynamisation des innovations en France… ce qu’il ne faut surtout pas confondre avec OSEO et le dynamitage des innovations en France !!!...

    L’innovateur est avant tout un créatif fou, un artiste totalement inconscient, qui doit se projeter dans l’avenir en s’efforçant d’oublier le pire de notre bureaucratie française, imaginant puis peignant un tableau Excel, sculptant son business plan, jonglant avec les différents textes et règlements divers, variés et instables (social, fiscal, comptable etc…), le tout sur un fil de funambule au dessus du vide financier, réalisant de multiples acrobaties pour résister au vent de la crise économique, espérant vaincre le dragon d’en face qui agite la corde avec laquelle il veut le pendre et déstabilise son équilibre déjà bien précaire, l’obligeant lui aussi à, parfois, se transformer en cracheur de feu pour survivre.

    Peintre, sculpteur, jongleur, équilibriste, funambule, acrobate, cracheur de feu, OUI, l’innovateur français est bien un artiste complet totalement inconscient… en France. De grâce, brisez enfin les chaines d’OSEO qui emprisonnent les innovateurs français et LIBEREZ leur CREATIVITÉ.

    Signé : un innovateur fêlé !

    Heureux soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière… Michel Audiard

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    • HS47 : vous vous trompez sur toute la ligne

      anonyme
      par Gerald - 23 décembre 2009 20-04

      Mais enfin, quand allez vous comprendre HS47 ? Le grand emprunt n’est pas confié à Oséo. Il n’y a aucun haut fonctionnaire au sein d’Oséo. Cette structure a été créée en raison du désengagement de l’Etat et pour faire des économies. Arrêtez de voir des technocrates partout.

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