Eric MONTAGNE, Directeur du SmartWIPclub organise une conférence débat sur les grandes manoeuvres autour du Wimax en France.
D’un côté, la rumeur se fait insistante sur les pourparlers de Bolloré Télécom, titulaire de vingt licences régionales WiMax, avec SFR et Orange, pour mutualiser ses investissements dans la construction de son réseau. Ainsi Bolloré apporterait ses licences, et l’opérateur mobile, ses sites ou sa base d’abonnés. Dans ce partenariat, l’opérateur mobile pourrait utiliser les licences et stations WiMax pour faire de la collecte de trafic data et désengorger ses réseaux cellulaires.
Ce marché de la collecte est en effet en très forte progression et offre un regain d’intérêt pour le WiMax. Un exemple parmi d’autre : cet été, l’opérateur Nomotech a battu tous les records de trafic de flux iPhone chez SFR en collectant ce trafic pour l’opérateur sur trois stations de base WiMax. Une tendance qui montre également que les usagers préfèrent se connecter en mode radio plutôt qu’un accès en mode cellulaire pour faire de l’internet mobile via leur smartphone.
De l’autre, l’opérateur Altitude Telecom, titulaire de 13 licences régionales d’exploitation des fréquences du réseau sans fil longue portée, a lancé ce mois-ci une offre d’accès à Internet en WiMax à partir de 39 euros par mois, baptisée WiBox, et disponible simultanément dans seize départements.
Jusqu’alors positionné sur le segment des entreprises, Altitude Telecom dédie délibérément cette offre au grand public. Nouveau branding à la clé, WiBox se présente donc comme la première offre grand public standardisée et packagée d’accès à Internet en WiMax en France avec des débits annoncés jusqu’à 2 Mbps en données descendantes. Une offre dualplay qui plus est, puisque l’abonné peut prendre en option la téléphonie sur IP illimitée… la disponibilité des premiers téléphones mobiles WiMax serait-elle imminente ?
Au-delà de son bienfondé, l’annonce d’Altitude Telecom pose des questions intéressantes sur sa stratégie. D’une part, voilà clairement entérinée l’activité de FAI d’Altitude sur le marché grand public. En outre, la WiBox étant une box WiMax ET ADSL, cela signifie-t-il qu’Altitude Telecom entend aussi jouer un rôle sur le marché très concurrentiel des fournisseurs d’accès grand public à Internet par ADSL ?
Deux hypothèses : soit l’intense concentration du secteur ces deux dernières années sur les FAI en ADSL (rachat de Neuf, Alice, Club Internet…), offre des opportunités (de niche ?) pour un nouvel entrant avec une proposition de valeur différente – l’accès mixte WiMax et ADSL est assurément sans équivalent pour le moment. Mais l’investissement est aussi significatif. Un modem CPE WiMax coûte cher : au moins 300 euros l’unité pour l’opérateur. Pour équiper ses 15 000 clients, Altitude devra débourser quelque 5 millions d’euros rien que pour l’équipement. A voir…
Deuxième hypothèse, si Altitude Telecom scinde clairement son activité grand public WiMax avec une offre commerciale et « industrielle », c’est peut-être qu’il se prépare à se séparer de cette activité. Si oui, qui peut être intéressé ? Un opérateur qui pourrait acquérir à bon prix une licence WiMax pour quelques départements tout en confortant son portefeuille dans l’ADSL ? On pense évidemment à Bouygues Telecom, entré tard dans l’ADSL et partenaire par ailleurs d’Altitude pour ses services de convergence aux professionnels.
Reste bien sûr à savoir, dans ce contexte, si Altitude Telecom va promouvoir la solution WiBox essentiellement dans les zones urbaines ou étendre son offre dans les zones blanches des départements où couverture ADSL, concurrence mais aussi rentabilité sont moindres ? Ce qui, dans le deuxième cas, signifierait accélérer ses déploiements de réseaux d’accès et de stations WiMax.
Confusion entre WiMax privé et WiMax public
Encore une fois (plus que jamais ?), il y a lieu de bien distinguer les stratégies du WiMax des villes de celles du WiMax des champs.
On ne peut mettre en parallèle la stratégie d’un Bolloré ou d’un Iliad Free qui vise les zones denses urbaines à fort ARPU – une stratégie proche de celle d’un opérateur mobile, ce qui explique d’ailleurs l’intérêt de l’un et l’autre pour se porter candidat à l’obtention de la 4ème licence 3G - et celle des petits opérateurs locaux qui développent du WiMax dans les zones blanches ou grise à très faibles densité et pouvoir d’achat – une stratégie proche de celle des opérateurs de pays en voie de développement.
Bien que moins honoré par les médias et les investisseurs, le WiMax des champs fait pourtant son chemin. A preuve parmi d’autres, le département du Lot & Garonne qui est désormais couvert à 80% en WiMax et qui compte 1 000 abonnés dont, précise Luc Rouach, Président de SDNUM, un des plus importants opérateurs internet en WiMax, « une grande partie vient des déçus et « mal servis » de l’ADSL. »
Un Président qui ne cesse par ailleurs de dénoncer le désengagement des pouvoirs publics et la frilosité des banques en France sur le WiMax au contraire de certains pays comme les Etats-Unis (c/o Sprint-Clearwire) et l’erreur « historique » de l’ARCEP de ne pas avoir distingué le WiMax public du WiMax privé lors de l’attribution des licences, écartant ainsi les collectivités territoriales. « De fait aujourd’hui, certains collectivités publiques décident de geler le versement des subventions publiques aux opérateurs titulaires de licences qui n’honorent pas leurs engagements de déploiement. »
Pour Philippe Le Grand, Vice-Président de Nomotech qui se pose comme leader dans les déploiements radio pour la résorption des zones blanches avec 1 200 stations (davantage en WiFi qu’en pur WiMax), et présent comme fournisseur d’accès à internet sur 22 départements en France, « ce sont les déploiements en fibre optique qui concentrent l’essentiel des moyens. Il n’en demeure pas moins que les communautés de communes et les communautés urbaines sont de plus en plus intéressées pour déployer de la radio connectée avec de gros projets à la clé. »
De la radio connectée qui se décline en WiFi ou en WiMax fixe (802.16d). Car en ce qui concerne le WiMax 802.16e, c’est-à-dire le WiMax mobile toujours pas permis en France, « faire l’impasse sur cette technologie est sans doute la meilleure stratégie. »
Alors entre « grandes » manoeuvres et « petites » réalités de terrain, entre la confusion qui règne entre WiMax des villes et WiMax des champs, y a-t-il un nouvel « enjeu » WiMax en France ?
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avec :
ALTITUDE TELECOM, Nom de l’intervenant en attente
Philippe LE GRAND, Vice-Président, NOMOTECH
Luc ROUACH, Président, SDNUM
Autres intervenants en attente de confirmation








