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Interview de Denis C. Ettighoffer, auteur de "NetBrain - Planète numérique"

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mardi 16 décembre 2008, par Christian Jegourel
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Denis Ettighoffer netbrain

La France doit de toute urgence mobiliser ses énergies pour prendre place dans la conquête du nouveau monde numérique, qui compte déjà plus d’un milliard d’habitants. C’est le cri d’alarme que pousse, 25 ans après "L’Entreprise Virtuelle », Denis C. Ettighoffer dans "NetBrain- Planète numérique", publié chez Dunod.

Dans la bataille pour la conquête des futurs territoires numériques, la France, classée par l’OCDE au 19e rang mondial de la croissance sur Internet, a pris un temps de retard. Quelles mesures d’urgence préconisez-vous ?

Il faut faire attention aux chiffres. D’abord, il me paraît plus pertinent, s’agissant de territoires numériques sans frontières, de raisonner en terme de diaspora française. Plusieurs centaines de millions d’individus parlent le français. Encourager et multiplier les transactions entre eux me paraît une première mesure d’urgence : nous devons investir les territoires numériques au-delà de l’hexagone. Enfin, lorsqu’on parle du rang de la France, on ne parle pas des ressources techniques disponibles - nous n’avons pas de retard de ce point de vue -, en revanche, nous sommes dangereusement à la traîne dans les usages et les applications des services en ligne.

Quelle différence faites-vous entre l’échange de fichiers en peer to peer et le photocopillage ?

Je ne confonds pas le couteau et l’auteur du crime… J’aimerais qu’on cesse cet amalgame entre l’outil qu’est le peer to peer et les téléchargements illégaux de biens numériques. Des milliers de biens numériques culturels sont désormais disponibles partout dans le monde grâce à ce procédé, qui reste une garantie de la liberté des échanges. Des universités prestigieuses comme Stanford mettent en ligne leurs cours et des artistes évaluent le succès de leur production par l’intermédiaire du "buzz". Que cela constitue une "démarque inconnue" préjudiciable aux éditeurs, personne ne peut le nier. On trouvera des solutions. Internet reste un instrument encore jeune, qui ouvre d’immenses potentiels mais présente aussi des dangers nouveaux. Toutefois, j’attache plus d’importance à la liberté des échanges de connaissances. A force de se tétaniser sur des pertes des droits aux évaluations aussi variables que la météo, on semble oublier que l’essentiel des contrefaçons et du pillage des biens numériques se fait en majeure partie au-delà de nos frontières traditionnelles et que c’est là qu’on doit porter le fer.

Vous plaidez pour qu’une distinction soit établie entre droit d’auteur et droit d’usage. Faut-il assouplir notre législation en ce domaine ?

Oui, je crois utile de souligner d’abord que chacun devient ou deviendra, un jour ou l’autre, un émetteur, un "auteur". Ensuite, il faut bien se mettre dans la tête que nous entrons dans un monde numérique, dématérialisé, avec ses règles spécifiques, et que nous devons y inventer des modèles économiques innovants. Je pense que nous allons devoir limiter la durée des droits de copyright sur certains produits numériques, inventer une taxe au prorata de la téléconsommation de ces biens, qui servirait de caisse de péréquation et que se partagerait l’État, qui finance l’acquisition des savoirs, et les auteurs, qui valorisent ces connaissances et offrent des produits culturels. Nous devons aussi accepter la généralisation du "copyleft" - droit d’usage contrôlé - qui permet à chacun d’utiliser des connaissances sans pour autant ignorer les sources de ces savoirs.

Le low cost est l’une des tendances majeures de l’économie numérique. Que serait, pour vous, un éditeur low cost ?

Il existe de nombreux éditeurs qui ont inventé des produits low cost, comme Fixot avec son livre à prix unique, mais cela restait un livre. Aujourd’hui, ce sont la nature du support, qui devient un bien numérique, et son mode de distribution et de commercialisation qui bouleversent tout. Des éditeurs du monde entier cassent les prix de la musique et des films en ligne. Cela met en cause le modèle économique des distributeurs traditionnels. Face à ce bouleversement, il n’est pas suffisamment souligné que la diminution de l’exportation des biens culturels français tient à l’insuffisance des politiques, des moyens et des outils d’aide à la distribution internationale. Il faut souhaiter que le gouvernement comprenne que le soutien à l’exportation de nos produits numériques (savoirs ou biens culturels) doit concerner désormais au moins autant la distribution que la production de ces biens. Enfin, il ne faut pas voir ces technologies uniquement comme une menace, elles sont aussi une opportunité profitable aux plus audacieux.

Denis Ettighoffer : Consultant, ancien directeur du développement des NTIC pour Bossard Consultants, Denis Ettighoffer est président fondateur d’Eurotechnopolis Institut où il continue l’exploration prospective des cybersociétés. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages dont "L’Entreprise virtuelle", "Le Syndrome de Chronos" publié chez Dunod en 1999…Retrouver le site de l’auteur http://www.ettighoffer.com/ Découvrir l’extrait de "NetBrain – Planète numérique", en ligne chez Dunod http://dunod.ebrochure.fr/netbrain/

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