Les français du Cyberespace resteront-ils invisibles faute d’un nommage cohérent ? Les règles de nommage des pays sur Internet, et notamment celui du .FR, devraient encadrer et permettre la reconnaissance des seuls ressortissant français. Il n’en est rien. Elles restent une vraie passoire. Un étranger vivant en France peut s’inscrire sur un .FR, une société étrangère, donc de droit étranger, mais qui aurait un bureau en France peut, elle aussi, utiliser un.FR. Laissant ainsi l’impression qu’elle est française. Saurons-nous, sans maladresses, réserver le « point FR » aux seuls ressortissants français afin de constituer sur la Toile une France virtuelle, une diaspora française bien réelle ?
Un peuple, un territoire, une nation, un droit. Les fondements territoriaux des nations peuvent-il être encore respectés alors que des communautés entières éparpillées sur la planète se reconnaissent désormais par leur fréquentation des réseaux électroniques ? Avec les importantes migrations économiques et politiques de ces dernières décennies, nombre de peuples sont devenus des diasporas qui ont perdu une partie de leurs territoires mais ont préservé leurs racines grâce aux réseaux électroniques.
La France et ses ressortissants doivent eux aussi, d’une façon ou d’une autre, préserver leur capacité à étendre leur influence et la reconnaissance de leur origine sur la Toile en se réservant l’usage exclusif du .FR. Une diaspora, un cyberespace, des espaces réservés et le droit international des affaires encadrent désormais les internautes issus de tous pays. Internet symbolise une nouvelle logique socio-économique avec lequel les Etats devront composer (liberté des discussions et des échanges marchands interpersonnels). Pour ma part, lorsque je fais travailler, même à distance, une société de service, je préfère savoir que je fais des affaires avec des français. Bien des diasporas doivent beaucoup à Internet.
Cela explique aussi la puissante motivation de certains pays en développement à utiliser les réseaux des réseaux. La diaspora chinoise représente quelques 30 millions de chinois venus des régions les plus dynamiques de la Chine. Pour elle aussi, le sentiment d’appartenance est moins un problème de territoire que le sentiment d’une reconnaissance commune autour de valeurs culturelles partagées. Elle a vite compris le parti qu’elle pourrait tirer de l’utilisation d’Internet pour favoriser ses affaires. Malgré la disparité de ses origines et de son histoire, la France s’inscrit dans cette histoire récente des communautés virtuelles avec le souci de ne pas y perdre son identité. Tout le problème vient du désir de cohésion et de partage entre les membres de cette communauté disparate. Comme pour toute communauté, le problème vient de l’existence ou non d’un facteur fédérateur.
Un facteur qui ne se résumerait pas à la résistance à la langue anglaise. Que l’on se comprenne bien, il ne s’agit pas d’exclure, ni de se renfermer, d’affirmer une version franchouillarde béret et baguette à la main : il s’agit de se reconnaître entre des français qui vivent parfois à des milliers de kilomètres les uns des autres ! Je ne compte plus mes colères face à l’incompréhension des pouvoirs publics devant ces atouts sous-estimés des organisations françaises qui, très fragmentées et isolées, sont perdues dans la Toile.
La France « virtuelle », simulée sur la Toile, gagnerait en cohésion sur Internet si elle pouvait être incarnée par une meilleure maîtrise du nommage au bénéfice des seules entreprises et ressortissants français installés dans le monde. Faire prendre corps à cette réalité de notre communauté et ses solidarités sociales ou d’affaires est moins un problème de technologie que d’affirmation de notre volonté d’exister dans les réseaux, de constituer une communauté nationale qui se reconnaisse par ses valeurs, sa langue, ses intérêts partagés.








