
L’écosystème de la téléphonie mobile est agité violemment depuis quelques semaines par la possibilité d’obtention d’une quatrième licence mobile par un nouvel opérateur. Iliad/Free étant le seul candidat, la crainte est réelle, pour les Orange, SFR et Bouygues, de voir arriver des offres à bas prix.
Mais au-delà d’une simple offre de téléphonie mobile à bas coût c’est également tout l’écosystème de la nomadicité et de l’accès à la voix sur IP mobile en illimité qui terrifie les 3 opérateurs.
Si SFR et Orange y voient un risque de devoir dégrader leurs confortables marges bénéficiaires, le danger est réel pour Bouygues de voir son activité mobile se marginaliser. La convergence naturelle et inéluctable des offres fixes et mobiles fragilise Bouygues qui n’a pas, et de très loin, la taille critique sur l’accès internet. Hors dans ce secteur et contrairement aux déclarations de Martin Bouygues, les marges sont faibles à cause du tarif planché imposé par Free dans cette industrie.
Au contraire du mobile où les marges sont conséquentes et peuvent permettre à un nouvel entrant de proposer des offres plus basses. Xavier Niel s’y est d’ailleurs engagé plusieurs fois et nul doute que si Iliad obtient sa licence mobile, le groupe lance des forfaits à bas coûts.
La décision politique doit donc trancher entre redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs en laissant arriver un nouvel acteur mobile et risquer de déstabiliser le secteur. Car c’est en effet le risque important si Free arrive sur ce marché.
Le groupe Iliad est en effet le seul acteur à disposer d’une licence Wimax nationale rachetée à Altitude Telecom qui l’avait lui-même acquise à … Neuf Telecom. On comprend l’agacement de SFR.
Avec cette licence et cette technologie 4G pratiquement opérationnelle et en avance d’au moins deux ans sur la 4G LTE, Free pourrait offrir un offre multi play avec téléphonie et accès internet fixe/mobile. Une offre destructrice de valeur pour les opérateurs mais qui serait très apprécié des consommateurs.
C’est que les opérateurs mobiles font de jolis profits, rappelés dans un article de Challenge intitulé Haro sur Free. L’entrée d’une offre low cost mettrait en péril Bouygues Telecom dans son entier et nécessiterait des adaptations de structures pour SFR et Orange. De nombreuses suppressions d’emplois seraient donc possibles et probablement compensées par des recrutements chez Free…
Donc à exercice nul, ce serait la profitabilité qui serait menacée et on comprend que Martin Bouygues soit sur le pont pour défendre ses intérêts, surtout en période de vache maigre où TF1 doit réduire la voilure. D’un autre coté, cette montée au créneau est peut être l’occasion de négocier une compensation pour l’entrée dans Areva ou un rapprochement souvent évoqué d’Alsthom et du groupe nucléaire. Le roi du béton est un fin tacticien. Reste qu’Anne Lauvergeon, la PDG d’Areva est très opposé à ce rapprochement. Bref encore des luttes d’influences et la 4ème licence mobile est au milieu.
Personnellement, en tant que consommateur, je verrais bien une offre fixe/mobile avec un accès internet 4G pour 50 ou 60 euros par mois… et avec un forfait EDF ? Non ça va trop loin là.
Quoiqu’il en soit le gouvernent doit prendre une décision difficile car sans 4ème licence les prix ne baisseront pas ou peu mais surtout les offres d’accès à l’internet mobile se développeront très lentement car les opérateurs ne seront pas tentés de les proposer à faible coût.
A l’inverse avec l’arrivée de Free sur le secteur, tous les opérateurs devront s’aligner peu ou prou sur des tarifs à la baisse et leurs marges seront amputées. Mais plus risqué, le groupe Iliad pourrait un jour passer dans les mains d’un acteur étranger si il venait à Xavier Niel l’envie de se retirer. Lorsque l’on sait que les FAI seront les principaux vecteurs de diffusion de la télévision sur IP et de la téléphonie, un contrôle par un acteur étranger frise le risque stratégique.
D’un autre coté, si Free n’obtient pas la 4ème licence, Xavier Niel pourrait décider de vendre tout de suite et le risque serait immédiat car Martin Bouygues pourrait se séparer de Bougues Télécom, qui serait en vente depuis déjà deux ans. Le prix de 10 milliards avait été avancé mais il tournerait aujourd’hui plutôt autour de 5 se qui fait cher si les perspectives de croissance se dégradent face à une concurrence intégrée fixe/mobile.
Un acteur global pourrait donc, lorsque la tourmente financière sera calmée, rafler la mise et fragiliser encore plus Orange et SFR que ne pourrait le faire Free.
Donc à choisir le gouvernement serait bien inspiré de « donner » la 4ème licence à Free, mais comme dit un célèbre chroniqueur radio ; « vous n’êtes pas obligé de me croire ».
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