C’est vrai qu’il est toujours plus facile de prédire le passé que d’anticiper l’avenir. Néanmoins en ce qui concerne le groupe Lagardère, l’anticipation de la baisse des résultats était tout à fait prévisible. Nous avons même commencé à en parler en 2006 à la création de YouVox tant ce groupe nous semblait mal préparé aux évolutions structurelles liées aux changement de consommation de contenus.
C’est donc assez naturel que la sanction boursière soit aussi forte aujourd’hui avec une baisse de 7,5%. Cela ramène la valeur totale du groupe à moins de 3,5 milliards alors qu’elle dépassait les 9,3 milliards d’euros en mars 2006. L’action cotait alors près de 69 euros encore loin des niveaux de 2000 à près de 99 euros.
Il est même probable que le cours continue sa baisse même s’il est peut probable que l’on redescende au niveau de début 2009 à 19,11€. Un rebond technique sera possible avant une stabilisation vraisemblable autour de 26,20 sur le court terme. A moyen terme le cours dépendra du marché de la publicité et à long terme la valeur sera durablement négative tant que le groupe n’aura pas initié des relais de croissance de son chiffre d’affaire pour compenser le déclin inéluctables des revenus publicitaire tirés de l’audience de ses activités de contenus.
Le déclin de ce groupe est la parfaite démonstration d’une entreprise qui n’a pas évolué alors que son environnement est en mutation rapide. Bien sûr le groupe n’est pas sans ressources mais plus le temps pas moins ses marges de manœuvres sont importantes.
Le groupe paye aujourd’hui l’absence de stratégies des années 2000 où internet n’a pas assez été pris au sérieux, au mieux comme une diversification risquée alors que la communication en ligne contenait naturellement les gènes d’une modification de la consommation des contenus et des modèles économiques.
Je peux me permettre d’être sévère car j’ai travaillé plusieurs années au sein d’Hachette Presse devenu Lagardère Active. Déjà en 1993 j’avais alerté sur la révolution numérique et les risques de modification des compétences au sein des rédaction, des modification des calculs d’audience et des modèles économiques. Vous avez bien lu 1993 et non 2003 pour ceux qui pourraient croire à une erreur de date.
Le problème aujourd’hui sera pour Lagardère de restructurer en profondeur ses divisions médias dans un contexte tendu et urgent. Un difficile travail de gestion des ressources humaines que d’amorcer une mutualisation des titres de presse et des sites internet.
La tâche est immense à l’échelle du nombre de titre et d’entreprises imbriquées les unes dans les autres. Il va falloir une bonne dose de courage pour affronter les freins structuraux, pas sûr qu’il y ait beaucoup de candidats.
Cela sera intéressant de voir si ce groupe saura profiter de cette crise de confiance des milieux financiers pour se réinventer car la plupart des groupes de presse sont confrontés aux mêmes enjeux et pour le moment, en France, les modifications de périmètres annoncées ou effectuées sont très en deçà des besoins.
Le groupe a communiqué ses résultats hier en voici quelques extraits :
Au 31 décembre 2009, le chiffre d’affaires consolidé de Lagardère SCA s’est élevé à 7 892 M€, soit une baisse de 4,0 % à données comparables.
Les évolutions par branche ont été très contrastées :
1) La chute des recettes publicitaires, le recul des ventes de presse ou encore la baisse du trafic aérien ont impacté négativement les activités de Lagardère Active et de Lagardère Services.
2) Lagardère Sports a souffert de la non récurrence de certains grands événements sportifs et du durcissement des conditions de marché en Europe au second semestre.
3) Seul, Lagardère Publishing a enregistré une activité record grâce au succès international de Stephenie Meyer avec environ 50 millions d’exemplaires de la saga Twilight vendus en 2009.
- Lagardère Publishing - Performance historique avec une croissance des ventes de + 5,3 % en données brutes, soit + 6,5 % à données comparables, à 2 273 M€. Le succès des ouvrages de Stephenie Meyer explique en particulier la croissance à deux chiffres des ventes aux États-Unis ainsi que le dynamisme du chiffre d’affaires au Royaume-Uni ou en Australie. En France, outre le phénomène Stephenie Meyer, on peut noter le dynamisme des ventes en Littérature Générale.
- Lagardère Active - Dans un environnement très dégradé, le rythme de baisse des ventes a subi une chute des recettes publicitaires de 24 % en 2009. Le chiffre d’affaires de Lagardère Active a été en baisse de - 18,3 % à données brutes à 1 725 M€ en 2009, soit un recul en données comparables de - 16,6 %. La dégradation a été moins marquée au 4e trimestre 2009 illustrant une inflexion positive pour la première fois depuis le début de l’année.
Le chiffre d’affaires de l’activité Magazines (3/4 du chiffre d’affaires de Lagardère Active) a été en baisse de - 17,9 % à données comparables en 2009, soit - 20,1 % en données brutes, s’établissant à 1 271 M€. La performance affichée par la Presse Magazine France a été nettement plus favorable que celle de l’International en baisse de plus de 23 % à données brutes.
En Radio et Télévision, le chiffre d’affaires s’est établi à 454 M€, en baisse de - 12,8 % en données brutes, soit - 12,7 % à données comparables. L’évolution dans le domaine de la Radio a été, là encore, plus favorable en France qu’à l’étranger, le réseau à l’International affichant un recul de l’ordre de 20 %. Les chaînes TV et Lagardère Entertainment ont enregistré une baisse limitée à moins de 5 % sur l’année à données comparables.
Les activités numériques ont atteint 7,3 % des ventes de Lagardère Active à fin 2009 contre 6,2 % en 2008.
- Lagardère Services - Baisse des ventes de - 2,3 % en données comparables, soit - 3,2 % en données brutes à 3 387 M€. L’activité de détail a représenté 68,3 % du chiffre d’affaires 2009 (contre 66,3 % en 2008) et a crû de + 0,7 % à données comparables sur l’ensemble de l’année tandis que les activités de distribution ont été en baisse de - 8,1 % (soit - 6,3 % hors fermeture de l’activité en Pologne). Globalement, l’activité a été plus soutenue en France qu’à l’International avec, néanmoins, de fortes disparités par zones géographiques.
- Lagardère Sports - Croissance du chiffre d’affaires de + 14,2 % en données brutes sur l’année, à 507 M€. À données comparable, la baisse est de - 10,1 %. L’écart entre la variation à données brutes et à données comparables découle essentiellement de la consolidation par intégration globale de WSG à partir du 1er janvier 2009. Lagardère Sports a dû faire face à la non récurrence de l’impact favorable de l’Euro 2008 ainsi que de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). De plus, la dégradation des conditions de marché sur les droits médias en Europe n’a pu être que partiellement compensée par le dynamisme de l’activité en Asie.
Le groupe Lagardère reste néanmoins puissant et peut compter sur les divisions livres et distribution qui sont moins menacées que la division Active.
La division livre est une activité qui devrait poursuivre une croissance lente même si le développement des e-readers modifie la répartition des revenus de la chaîne de valeur. La partie jeunesse sera un peut moins sous pression et le développement de services en lignes pourrait compenser.
La division services est sous pression avec les points de ventes de presse mais cela peut se compenser avec les revenus de Hub Convenience, les librairies Payots, les parfumeries Aelia, etc...
Pour mémoire je vous invite à relire quelques articles publiés en 2006 et 2007 sur Lagardère et Bouygues et vous pourrez constater que leurs difficultés actuelles ne sont pas seulement conjoncturelles ainsi que l’essai sur la convergence média télécom internet qui explique largement les problèmes auxquels sont confrontés les éditeurs de contenus ( Essai libre : les convergences média télécom internet )
Lagardère et Bouygues savent-ils où ils vont ?
Les réorganisations de TF1 et de Lagardère sont-elle réellement engagées ?
Lagardère restructure ses magazines, prélude à une tendance de fond pour le secteur ?










