C’est en effet la question que l’on ose se poser avec la possible vente du post.fr par le monde.
Même si rien n’est officiellement décidé, la simple rumeur d’une possible cession de ce site leader de la presse en ligne, basée sur un modèle collaboratif, laisse présager des difficultés pour l’ensemble des sites Internet d’information qui ont adopté ce modèle de création de contenus.
Dans la galaxie des sites collaboratif, le poste.fr est en effet celui qui a su attirer le plus de contributeurs et une audience en ligne la plus importante.
Malgré tout, d’après le journal les Échos, le site a perdu 1 million d’euros en 2008 et devrait perdre pratiquement 1, 6 millions d’euros cette année.
Il est donc assez logique que le groupe Le Monde, lui-même en situation difficile, cherche à couper une source de pertes dans ses comptes.

Mais cette situation du poste.fr n’est pas unique.
La plupart des autres sites collaboratifs sont en effet déficitaires. Que ce soit bakchich.info, Rue 89, Agoravox ou même, le coréen précurseur du domaine, OhMyNews, aucun d’entre eux n’a trouvé de modèle économique pérenne et stable.
La question qui vient naturellement à l’esprit est de savoir s’il est possible d’atteindre la rentabilité d’un modèle de presse basée sur le collaboratif.
Je pense que la plupart de ces projets se sont inscrits dans un cadre éditorial, certes innovants, mais malgré tout centré sur un modèle de production de contenus issus du modèle de la presse traditionnelle.
La réalité du marché c’est que le quasi monopole qu’avait les médias traditionnels et leurs extensions en ligne, à totalement explosé avec Internet qui contient dans son code génétique à la notion « few to many » à comparer avec celle de « one to many » qui a été la règle pendant plus d’un siècle dans les médias traditionnels.
Cette situation altère naturellement tous les modèles économiques des médias qu’ils soient dits traditionnels ou pure Player.

C’est le modèle organisationnel basé sur des coûts fixes importants qui est lui-même menacé par des revenus de plus en plus faibles tirés de l’audience. Qu’ils soient publicitaires ou liés à la vente de contenus ou de support, la formidable compétition et l’abondance d’informations disponibles gratuitement entraîne naturellement une sous valorisation de celle-ci rendant difficile le financement d’une rédaction où d’une équipe de modérations de contributeurs.
Il ne faudrait pas pour autant totalement abandonner le modèle contributif. YouVox, bien que beaucoup plus modeste en comparaison des ventes expériences précitées, est un modèle à l’équilibre pratiquement depuis le début de la monétisation.
Il faut néanmoins adapter le mieux possible cette capacité contributive et les contraintes induites aux produits que l’on veut délivrer à des consommateurs potentiels. C’est la raison pour laquelle YouVox c’est plutôt positionné sur divers des magazines que sur l’information chaude nécessairement quotidienne.
L’univers des magazines, information de fond moins dépendante de la rapidité de publication, à l’opposée de l’information quotidienne est certainement le secteur sur lequel l’aspect collaboratif peut être le plus facilement être utilisé sans pour autant générer des coûts importants dans la relance et l’animation des contributeurs extérieurs.
Le modèle participatif peut certainement être rentable dans d’autres univers mais à condition que le modèle de revenus tienne compte des coûts fixes plus importants et soit diversifié. Nous verrons donc ce que donneront toutes ces expériences collaboratives mais il est vraisemblable que leur modèle économique devra être adapté aux réalités du marché sous peine d’une disparition.
Est-il possible de s’appuyer sur cette expérience pour produire de l’information quotidienne ?
Je n’ai pas la réponse à cette question n’est cela devrait être possible à condition de s’inscrire dans une stratégie multisupport et intégrer ainsi comme le post dans une logique de monétisation qui intégrerait des sites de services.
Il conviendrait également de s’associer avec d’autres supports comme des Web TV et, comme cela a déjà été proposé, avec une édition papier, hebdomadaire ou mensuelle, afin de proposer des modèles publicitaires sur les différents vecteurs de communication.
Attention toutefois de ne pas reproduire les échecs du passé en pensant qu’une édition papier suffirait à résoudre la problématique financière d’un pur Player.
Si aujourd’hui les tarifs publicitaires par point de contact sont plus importants sur le papier que sur Internet cette différence finira par disparaître. Comme je l’ai longuement détaillé dans de nombreux articles sur l’avenir de la presse : l’abondance des contenus et des invendus publicitaires si afférents ne pousse pas à une augmentation des revenus tirés de l’audience.
Le deuxième point qui me semble fondamental c’est l’adéquation du produit par rapport à une cible. Je sais pertinemment qu’en matière éditoriale ou culturelle il est toujours un peu mal vu de parler de produit mais dès l’instant que l’on envisage de commercialiser un espace publicitaire ou un support quel qu’il soit, il est nécessaire d’avoir une réflexion marketing.
Celle-ci ne me semble pas totalement aboutie dans la plupart des médias en ligne et c’est probablement pour cette raison qu’ils n’ont pas réussie à atteindre un niveau de monétisation en relation avec leur succès d’audience.
Le risque du participatif c’est que la ligne éditoriale ne soit pas toujours bien maintenue, hors c’est l’élément essentiel pour garantir une audience qualifiée à d’éventuels annonceurs.
De même c’est aussi un argument de fidélisation des contributeurs qui ont l’assurance que leurs d’articles seront lus par une population réellement intéressés.
Il sera donc très s’intéressant de voir quel acheteur emportera le poste.fr et est quel vision stratégique aura le repreneur.
S’il s’agit uniquement de conserver le post en l’état avec la vision d’une meilleure monétisation du produit sans changer fondamentalement l’adéquation du contenu/service avec une cible qui intéresse des annonceurs sans réflexion stratégique sur l’univers concurrentiel qui nécessite des économies d’échelle et une approche multisupport, il est à craindre que, même avec l’arrivée de nouveaux capitaux, le post soit condamné à plus ou moins long terme à des pertes récurrentes.
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