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Les pensées de Steve Jobs

vendredi 9 février 2007, par Antoine Dubuquoy
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Bombe atomique, pétard mouillé ou écran de fumée ? En tous cas, Steve Jobs a réussi à prendre l’industrie musicale à revers en préconisant l’abandon des DRM. Qu’en est-il réellement et quelles sont les intentions réelles d’Apple ? En abordant la question de la musique, Steve Jobs n’a-t-il pas déjà la tête ailleurs ?

La bombe a été lancée sur le site d’Apple le 6 février. A essaimé au coeur de la blogosphère dans la foulée. A été reprise par toute la presse. Steve Jobs en grand communicant renvoie la balle des DRM dans le camp des maisons de disque et scinde le monde en deux camps. Dans la plus grande tradition du western. D’un côté, les bons, Apple, Sony, Microsoft. Accusés de vendre des fichiers sans interopérabilité possible entre lecteurs. De l’autre, les méchants de l’industrie musicale, qui non seulement imposent les DRM aux plateformes de téléchargement légal, mais en parallèle vendent le même contenu sur des supports physiques non protégés. Donc, en clair, encouragent le piratage. Et, font preuve de duplicité.

En bon geek, Steve Jobs ne mentionne même pas les tentatives de verrouillage des CD, effectuées par l’industrie du disque. Le moindre adolescent sait parfaitement qu’en fouinant paresseusement le web, il trouvera le logiciel adhoc pour rendre la mention "copy control" totalement décorative...

Argument choc de Steve Jobs à l’attention de ceux qui accusent Apple d’imposer aux utilisateurs d’iPod un système propriétaire l’obligeant à ne se fournir qu’à une seule source : un iPod ne contient statistiquement que 3% de fichiers achetés sur iTunes, soit pour un lecteur de 40 Go, contenant approximativement 10 000 fichiers (bitrate : 128), 1,2 Go, soit 300 fichiers... Une goutte d’eau. Des rumeurs ont couru il y a quelques mois sur une baisse des téléchargements légaux. Chiffres contestés, certes, mais la sortie de Steve Jobs à propos des DRM pourrait être un signal envoyé aux utilisateurs de la plateforme. Rien n’est figé, restez fidèles, le futur est radieux...

Steve Jobs propose trois scénarii : Le statu quo. On ne change rien. On maintient les DRM. Les trois acteurs majeurs du marché campent sur leurs positions. Intenable. Les échanges de fichiers en P2P se portent à merveille. L’industrie du disque continue à se flageller. Et ça et là, la chasse au pirate bat son plein, au gré des législations locales. Deuxième cas de figure, le compromis. On maintient les DRM, mais on développe l’interopérabilité. Comme le signale Jobs, qui dit DRM, dit secrets bien gardés. A partir du moment où les codes source sont communiqués à des tiers, même ayant des intérêts communs, la multiplication des intermédiaires augmente le risque de fuites. Et qui dit fuite, dit propagation instantanée sur le web. Et extinction naturelle de la notion même de DRM. Troisième scénario, le plus radical : la fin pure et simple des DRM. Et la force de l’argumentation de Steve Jobs est de renvoyer le débat en Europe. L’Europe qui stigmatise régulièrement Apple, leader du marché, comme adversaire acharné de l’interopérabilité. Les majors sont européennes, Universal (Vivendi), française, EMI, anglaise, BMG, allemande. CQFD. J’accepte avec enthousiasme la fin des DRM, annonce le CEO d’Apple ("Apple will embrace this wholeheartedly" en V.O.), à condition que les majors prennent leur responsabilités.

Quel est le sens du message ? Imaginons... Et si Apple s’appropriait le contenu. Voire produisait le contenu ? Nous n’en sommes pas là, mais pourquoi pas ? Et si tout simplement Steve Jobs était arrivé au constat que l’écosystème du marché de la musique a déjà trouvé son mode de fonctionnement naturel, s’est adapté à la nouvelle donne numérique. Donc qu’il est déjà trop tard pour en modifier la loi naturelle. Une sortie par le haut pour Apple. Comme on dit, on n’arrête pas le courant avec ses mains, on apprend à nager. Les enjeux et les dollars sont ailleurs, non plus dans la musique, mais dans le cinéma et la vidéo. Apple a signé un accord de distribution avec Viacom, pour diffuser des films sur sa plateforme. Les enjeux en terme économiques sont autrement plus importants. Un fichier musical est vendu 0.99 €. Un film sur une plateforme de VOD est vendu aux alentours de 4.99 €. Le pari sur un nouveau mode de consommation d’images est autrement plus important, car à l’industrie du cinéma va se servir de la base d’expérience acquise en observant les erreurs historiques commises par les majors de la musique au siècle dernier.

vendredi 9 février 2007, par Antoine Dubuquoy
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