
Il est frappant de constater que la France a le génie de vouloir protéger ses activités déclinantes au détriment de l’innovation.
Le passé nous enseigne pourtant qu’à chaque fois que nous l’avons fait cela a fini par détruire des emplois et nous laissé au bord de la route des activités nouvelles.
J’ai encore en souvenir les mécanismes protectionnistes établis dans la télévision des années 80 avec le Secam et le Pal en Europe. Si cela a permis, dans un premier temps de sauver Thomson et Philips de la disparition, le protectionnisme les a aveuglé et les dragons asiatiques sont devenus les champions de l’innovation dans l’électronique grand public. Qui a encore en mémoire que Thomson était il y a encore 15 ans l’un des champions mondiaux des produits bruns et blancs ?
L’entreprise française aurait pu se transformer et devenir un acteur majeur mais la sérénité d’une protection étatique de son marché a tué l’innovation créatrice.
La loi Hadopi est en train de refaire la même chose pour l’innovation française.

Deux manières de penser antagonistes
Nous assistons à deux modes de pensée antagonistes qui expliquent les incompréhensions flagrantes entre les « pour » et les « contre ».
SI l’on se place à périmètre constant, c’est-à-dire à modèle de distribution et de création de contenus inchangé, la volonté de protection des œuvres est plutôt logique. Les discours sur la nécessité de tenter de décourager le téléchargement non encadré va dans ce sens. Il est en effet fondamental que la chaîne de valeur soit intégralement préservée. Le téléchargement illégal est évidemment une plaie qu’il faut colmater sous peine de disparition totale de cette chaîne de valeur.

L’autre vision de cette évolution est de considérer que la chaîne de valeur est totalement et durablement bouleversée par internet et que le modèle de distribution actuel est de toute façon condamné.
Nous avons déjà traité de nombreuse fois de cette dichotomie dans YouVox Tech en indiquant qu’il nous semblait illusoire de vouloir interdire le téléchargement illégal car c’est impossible techniquement, en dehors des coûts que cela va engendrer.
Sur le plan économique et du modèle de valeur, la position de Jacques Attali me semble la plus plausible. La chaîne de valeur se modifie et il est préférable d’accompagner ce changement afin de permettre la création plutôt que tenter de s’opposer vainement en érigeant des paravents.
Imaginons que les Majors musicales disparaissent. On nous assène que sans ces entreprises, il n’y aura plus de création. Il serait plutôt juste de dire que la production serait plus artisanale et que la promotion serait mieux répartie.
Car en fin de compte aujourd’hui nous avons 3 énormes entreprises qui dominent l’essentiel du marché et qui déterminent quels groupes ou chanteurs seront promus à coup de budgets marketing de plus en plus importants.
Ce modèle disproportionné laisse peu de place aux petits acteurs qui n’ont pas les budgets promotionnels des Majors.

Mais si les majors n’étaient plus là ?
Les consommateurs seront toujours friands de nouveautés et de musiques. Comment les consommateurs trouveraient-ils leurs titres favoris ?
C’est cette piste qu’il faut suivre et les nouveaux modèles de distribution qu’il faut investiguer car si nous ne le faisons pas, des concurrents étrangers le feront.
Imaginons des sites ou des réseaux sociaux spécialisés qui deviendraient les pivots de la promotion musicale. C’est le rôle qu’ont eu les radios libres des années 80 qui ont permis l’éclosion de nouveaux groupes et chanteurs. Si nous avions interdit les nouvelles radios pour protéger les radios historiques, cela aurait pu fonctionner à l’époque mais aujourd’hui la diffusion sur internet rend caduque les protections de ce type.
Si nous voulons donc favoriser l’émergence de nouvelles activités, de nouveaux artistes et d’une chaîne de valeur réellement pérenne, jusqu’au prochain cycle technologique, il faut au contraire favoriser la diffusion sans contrainte.
Il n’est donc pas facile de concilier les deux car ces positions sont totalement en opposition.

Le gouvernement actuel a choisi de refuser de voir l’évolution comme les précédents ont refusé de voir les bénéfices des autoroutes de l’information lancé par Al Gore sous Bill Clinton.
C’est vraisemblablement par méconnaissance car lorsque l’on écoute les discours de la plupart de conseillés et hommes politiques sur ces sujets ont se rend compte immédiatement qu’ils ne pratiquent pas internet au-delà de la messagerie.
Ils n’ont pas compris que la mondialisation totale des échanges sur la toile nous mettait en concurrence avec les autres pays et industries. Faut-il ainsi opposer les télécommunications à la télévision et aux industries musicales ? La réponse est non il y a des déplacements de valeur.
La croissance ne sera pas supérieure en essayant vainement de freiner le téléchargement libre.
Les emplois perdus dans les entreprises de promotion musicale seront compensés par la création d’emplois dans les industries de l’internet. Encore faut-il que nous favorisions cette création en France.
Sinon, en effet, ce sera des pertes nettes car les emplois seront créés dans d’autres pays comme l’industrie de l’électronique qui a migré dans le sud est asiatique.

Il faut donc une politique à la fois réaliste et volontariste
Nos gouvernants, de gauche, du centre ou de droite doivent militer pour la création d’activités dans tout ce qui touche les contenus et les services en ligne sans idéologie et sans regarder en arrière.
Je crains malheureusement que le refus de voir la réalité et la suffisance bien française de vouloir tout contrôler nous desserve une fois de plus.
Il en va de même pour la production cinématographique. Le téléchargement sur internet nuit en effet à la vente de DVD et à la location.
Cela ne nuit, par contre pas, à la fréquentation en salle qui a cru de 6% en 2008. C’est en effet de l’argent en moins pour les acteurs de la distribution de films mais ces sommes financières ne s’évaporent pas. Elles sont réinjectées dans l’économie pour d’autres dépenses. C’est un déplacement de valeur pas une perte. De tous temps il y a eu des activités en mutation et les pays qui ont su les premiers saisir leur chance en ont profité.
C’est encore plus vital aujourd’hui avec la mondialisation et le caractère transnational de l’internet. Il n’y a qu’un seul Google qui maitrise parfaitement une partie de la valeur de l’internet. Cela a été Microsoft pendant des décennies dans le logiciel et ce sera peut être un nouvel entrant dans 10 ans.
Le renouvellement s’accélère et il faut le favoriser pour que notre pays bénéficie des avancées technologiques et les transforment en emplois et en création d’activités et de valeurs.
Nous sommes entrés dans une économie de la forfaitisation et l’on voudrait continuer à pérenniser des industries qui veulent nous faire acheter des CD, des DVD ou des séances vidéo à la demande dans le meilleur des cas
Les acteurs économiques qui seront capables de nous propulser dans cette nouvelle forme de consommation seront les maitres temporaires des marchés des contenus/services.
Toute forme de protectionnisme illusoire ne fera qu’affaiblir les entreprises françaises dont certaines sont pourtant très innovantes surtout dans le télévision sur IP où nous sommes en avance au niveau mondial. Il est temps que nos politiciens intègrent vraiment ce qu’internet entraine comme bouleversement et favorise réellement la création plutôt que le maintient de quelques entreprises, soit disant culturelles, condamnées.
Il y a trois ans j’avais écris l’article Imaginons nous en 2016, nous en sommes encore à 7 ans de l’objectif, espérons que les bénéfices ne profiteront pas qu’aux pays audacieux.
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