Depuis de nombreuses semaines, le patron de News Corp multiplie les annonces pour la valorisation des contenus. Cela a commencé par le souhait de mettre en place des accès payants pour tous les titres du groupe et c’est aujourd’hui, d’après le Financial Times sur la possibilité d’un accord avec Microsoft sur son moteur de recherche Bing.
Le microcosme de la presse fait échos de ces annonces comme si Rupert Murdoch était le messie qui allait sauver toute l’industrie des contenus mise à mal par le "méchant" Google. On peut ainsi lire que c’est une "révolution" pour les éditeurs qui pourraient trouver un moyen de sauvegarder leurs revenus ... Sic !
Pardonnez l’expression mais cette reprise de l’information sans analyse économique et stratégique fait parfois un peu peur sur la capacité d’une industrie à analyser sa position dans la chaîne de valeur.
Car le problème de la presse, ce n’est pas Google ou Bing, c’est la perte de la situation de monopole de la collecte et de la diffusion de l’information. Les moteurs de recherche ont favorisé la "mise en concurrence" des différents producteurs et diffuseurs de contenus mais ne sont pas les méchants qui captent la valeur. C’est un problème d’éclatement d’audience et d’invendus publicitaires.
Si donc, négociation il y a, entre News Corp et Microsoft il est fort peu probable que l’éditeur de Redmond accepte de payer pour pouvoir indexer en exclusivité les contenus de Rupert Murdoch. La raison en est très simple c’est que l’apport financier généré par l’accès à ces contenus, quel qu’en soit les modèles de revenus publicitaires ne pourrait jamais atteindre un montant satisfaisant pour News Corp.
Ce pourrait être envisageable si News Corp était dans une situation monopolistique telle, que ses contenus seraient incontournables mais c’est loin d’être le cas. Une généralisation de cette pratique ruinerait Microsoft, sans espoir certain de reprendre des parts de marché à Google...

Autant dire de Rupert Murdoch joue une partie de poker sur cette affaire, si l’information du FT est vérifiée, et compte tenu du personnage, il est peu probable qu’il y croit lui-même. Néanmoins rien n’empêche un bon coup de bluff si jamais Google acceptait de payer ...
Revenons sur terre ... Google ne rentrera pas dans une négociation de ce genre, ou alors je ne comprend plus rien à cette industrie. D’ailleurs un dirigeant du groupe a annoncé qu’une très faible part des revenus de Google provenait de ce type de sites.
De plus si News Corp bloquait l’indexation de ces sites par le géant de Mountain View, il perdrait entre 15 et 20% de trafic, voire plus sur certains de ses sites. De plus il est probable que cela ne servirait que peu Bing, le moteur de Microsoft, car la plupart des informations des sites de médias sont reprises par des blogs qui eux même sont indexés par Google. Une perte sèche qui ne profiterait qu’à l’atomisation encore plus forte des médias sur internet au grand bénéfice de ... Google.
Un modèle pour tous les sites.
Enfin si Microsoft était assez aux abois face à Google pour proposer, temporairement, un mécanisme de ce type, ce ne serait certainement pas étendu à tous les sites de contenus. Donc la plupart des concurrents de News Corp n’en bénéficieraient pas. Le groupe de Rupert Murdoch n’aurait plus qu’à attendre que ses concurrents s’épuisent financièrement.
Dernière hypothèse, Microsoft met en place une meilleure répartition de la valeur publicitaire pour les sites de contenus. Ce serait évidemment une bonne nouvelle pour tout le monde mais ce ne couvrira jamais le différentiel de revenus entre des journaux papier et leurs sites en ligne. Bloquer l’indexation de sites de contenus est-ce légal aux Etats Unis
C’est également une question qu’il faut poser car si les sites sont en accès libre, le "fair use" autorise une reprise "raisonnable" des contenus. Il n’est donc pas sûr que News Corp puisse s’opposer à l’indexation de ses sites sauf à les mettre tous en accès payant. Dans ce dernier cas ce ne serait plus seulement un problème d’indexation mais un changement radical du modèle économique. La plupart des sites qui ont essayé cette approche ont fait machine arrière car la chute de l’audience a été considérable et les revenus du payant ne couvrent pas le différentiel pour les sites d’informations généralistes.
Conclusion quoiqu’il en soit dans cette affaire, il faut prendre tout cela avec beaucoup de retenus car ce n’est pas ce qui résoudra la situation difficile de la presse.
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