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Mashups et web sémantique, une menace pour la presse en ligne ?

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lundi 5 novembre 2007, par Kadda SAHNINE
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Le 24 Avril 2006, une initiative originale dans le monde de la presse est passée quasiment inaperçue. C’est à cette date que le quotidien espagnol El Pais a lancé une édition en ligne, gratuite, imprimable et actualisée en permanence baptisée "24 Horas". C’était une fausse solution à un faux problème (la lutte contre les journaux gratuits).

En effet, aucun groupe de presse n’a jusqu’à présent réussi à s’adapter au nouveau paradigme du "many to one" imposé par le web 2.0. Ces entreprises, dont le modèle de développement est fondé sur un marché de masse avec peu d’acteurs, n’ont pas anticipé leur mutation vers un nouveau modèle de développement centré sur l’utilisateur et avec une multitude de nouveaux acteurs. Il ne fait pourtant aucun doute que les modèles de développement de demain migreront du paradigme "one to many" vers le paradigme "many to one".

En fait, le vrai problème qui va très vite se poser aux médias traditionnels est lié à la convergence de quatre phénomènes.

  • 1. la numérisation des contenus
  • 2. l’accès permanent et généralisé à l’internet haut débit
  • 3. la démocratisation des outils de publications
  • 4. l’arrivée à maturité des techniques du web 2.0 (RSS, Ajax, ...)

Nous verrons pourquoi dans la suite de cet article.

Un service d’information à la carte ? Le cas de Nioozy

Nioozy est un service permettant de composer sa revue de presse personnalisée à partir d’un catalogue de sources d’informations librement enrichi par les utilisateurs.

L’idée de base repose sur un constat simple. Avec la démocratisation des plateformes de publication et l’émergence des sites de presse en ligne, le web est devenu un support d’information majeur. Le format de publication RSS organise la diffusion de l’information mais ne la contient pas intégralement. Il existe une multitude d’outils permettant d’agréger des flux RSS, mais aucun d’entre eux ne permet d’agréger l’intégralité d’un article, ce qui oblige souvent l’utilisateur à accéder au site publiant l’article à travers un lien.

Contrairement aux agrégateurs RSS, Nioozy permet d’agréger l’intégralité des articles du jour diffusé dans un fil RSS, sous un format unique, quelle que soit sa provenance. Cette particularité garantit une bonne qualité de l’impression papier, ce qui pourrait faire de Nioozy une sorte de journal "à la carte", imprimable, personnalisable, multisources et actualisé en continu, comme le montre cette vidéo de démonstration :

On peut toutefois soulever la question de la légalité d’un tel système car la problématique du droit sur le contenu des articles agrégés par Nioozy pose un problème juridique et technologique intéressant qui appelle plusieurs réflexions.

La question du droit sur le contenu

Le seul précédent connu concerne le différend juridique entre Google Actualités et l’AFP ainsi que quelques quotidiens belges. Google Actualités est un portail d’information et donc un support de publication à large audience. Or Nioozy n’est qu’un simple outil. A la limite, le catalogue d’informations pourrait très bien être vide. Ce sont les utilisateurs qui créént les artefacts permettant au système d’isoler l’information pertinente issue d’une plateforme de publication. En outre, il est techniquement possible de rendre le système 100% desktop, de sorte que toute l’intelligence du système puisse s’exécuter sur le poste de l’utilisateur. Ainsi, cette subtilité technologique reporterait la responsabilité sur l’utilisateur, et non sur l’outil. On le voit, le cadrage juridique paraît difficile.

De la stratégie internet des groupes de presse

Qui n’a pas acheté son journal pour finalement n’en lire que 5 ou 6 pages sur 30 ? Non par paresse bien sûr, mais simplement parce que les 24 ou 25 pages restantes ne vous intéressait pas. J’achete Libération tous les jours, Le Monde le week end et Le Figaro ou La Croix de temps en temps. Mon journal idéal serait constitué d’un bout de chacun. Je trouve excellent le traitement de l’actualité internationale et économique du Figaro, mais j’aime moins son courrier des lecteurs... J’aime beaucoup les pages Grand Angle et Société de Libération, mais l’international n’est pas leur fort.

Essayons maintenant d’imaginer ce que serait non pas un journal mais un service d’information dans le nouveau paysage technologique qu’est le web 2.0.

Il serait :

  • multicanal : papier, desktop (ordinateur de bureau), mobile
  • multisources : presse écrite, blogs, radio, tv
  • actualisé en permanence
  • personnalisé aux besoins d’information de l’utilisateur à un moment donné
  • participatif

Or, quel est le positionnement des grands noms de la presse écrite sur ce marché ? La stratégie de développement internet des groupes de presse se résume à une simple reconversion au tout numérique, ce qui est à mon avis une erreur, car la vraie révolution n’est pas dans le passage au numérique, mais dans le bouleversement des habitudes de consommation, désormais entièrement centrées sur les choix de l’utilisateur.

Il existe des parallèles intéressants avec d’autres secteurs. Dans l’industrie musicale, c’est l’album, même entièrement numérique, qui a fait les frais du passage au numérique car le consommateur mélomane choisit les morceaux qu’il souhaite écouter et quand il le veut. Dans le paysage audiovisuel, le téléspecteur devient webspectateur en sélectionnant de plus en plus ce qu’il veut voir et quand il le désire. De la même façon, les radios musicales, NRJ en tête, souffrent de la concurrence des plateformes de streaming personnalisables (radioblog, last.fm, etc...). En définitive, dans le monde de la presse, le journal, c’est un peu l’album musical de l’industrie du disque.

Le lancement récent du site LePost.fr par Le Monde est à mon avis voué à l’échec. TF1 a eu une une initiative similaire dans son secteur en lançant WAT.tv, avec le succès que l’on sait. Je vais être provocateur, mais si les stratégies internet de ces groupes se résument à ce genre d’initiatives, on a de quoi être inquiet pour leur avenir.

Le web sémantique, une bombe à retardement ?

Nioozy semble s’inscrire dans la lignée des autres technologies disruptives ayant fait florès dans l’industrie musicale notamment. Ce service pourrait être un levier de changement dans les pratiques encore traditionnelles du monde de la presse écrite en général, et celui de la revue de presse en particulier. En outre, et c’est un point essentiel, le web deviendra tôt ou tard de plus en plus sémantique. L’émergence des applications de type mashup est annonciatrice de ces changements technologiques majeurs. La question du droit sur le contenu, telle qu’elle semble être posée à Nioozy aujourd’hui, concernera vraissemblablement une grande partie des applications web de demain.

Le web sera, si ce n’est pas déjà le cas, une base de données d’informations publiques d’où les programmes pourraient distinguer le fond de la forme, isoler l’utile du futile, et donc isoler l’information de la publicité. Ainsi, le web sémantique pourrait faire voler en éclat le modèle économique des médias traditionnels fondé en grande partie sur les revenus publicitaires.

Nioozy, comme d’autres mashups, annonce le potentiel du web sémantique et met en évidence des défis majeurs qui attendent tous les acteurs des médias traditionnels.

lundi 5 novembre 2007, par Kadda SAHNINE
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