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Où va l’action Google ?

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lundi 27 novembre 2006, par Bernard Girard
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Dans un article publié ce dimanche, Barron’s annonce des lendemains qui déchantent pour l’action Google… Une analyse à prendre avec des pincettes

Dans un post récent, j’indiquais que le passage de la ligne des 500$ de l’action de Googleme paraissait relever du fonctionnement rationnel des bourses et non pas d’un quelconque mécanisme de spéculation. Christian Jegourel pense autrement : l’action est à son avis surévaluée. Barron’s, l’hebdomadaire financier américain va dans son sens dans un article publié il y a quelques heures que reprend Reuters.

Les analystes de Barrons (dont l’avis compte à Wall Street) avancent trois arguments :

une croissance de ses résultats ralentie qui ne sera, nous disent-ils, en 2007 sur une pente de 33% contre 81% en 2006,

une baisse probable de la valeur du clic publicitaire,

des coûts de fonctionnement de l’entreprise qui pourraient augmenter plus rapidement que les recettes : recrutement massif, recherche et développement…

Pour noircir un peu plus le tableau, on pourrait ajouter :

les mésaventures de Yahooqu’éclaire le mémo interne d’un de ses vice-présidents : le “peanut butter manifesto” qu’a publié il y a quelques jours le Wall Street Journal. Cette note concerne Yahoomais elle met en évidence quelques unes des difficultés que rencontrent les entreprises en forte croissance (redondances, lignes hiérarchiques floues, bureaucratisation rapide…) qui ne sont pas réservées à Yahoo. Googlefonctionne sur un autre modèle, mais il est certainement appelé, si ce n’est déjà fait, à rencontrer des difficultés voisines ;

et les effets de la spéculation qu’on a connue lors de la première bulle internet et qu’on ne peut exclure aujourd’hui. Comme le rappelle ce matin Bernard Salanié dans son excellent blog, “Une bulle naît lorsque les spéculateurs achètent des titres en anticipant une vague d’achats, et donc en prévoyant que ces titres doivent s’apprécier. Un élément important des bulles est leur caractère autoréalisateur : les achats suscités par une anticipation d’appréciation soutiennent les cours, et confirment (pour un temps) les spéculateurs dans leur optimisme. Robert Merton (le père), le grand sociologue de Columbia---un endroit décidément très distingué---a inventé le terme de self-fulfilling prophecy : prophétie auto-réalisatrice pour décrire cette classe de phénomènes.

Ce n’est pas la première fois que Barron’s promet à Google des difficultés. En février dernier, ce même journal annonçait que le cours de l’action serait divisé par deux avant la fin de l’année (à la suite de l’article publié en première page, l’action de Google avait d’ailleurs glissé de 4,7% pendant quelques jours). On connaît la suite. Mais que les Cassandre se soient jusqu’à présent trompés n’est certainement pas un motif pour prendre à la légère leurs remarques. Si elles me paraissent cependant trop pessimistes, au moins sur le long terme, c’est pour plusieurs motifs.

Reprenons donc les arguments les uns après les autres.

Barrons nous explique que la croissance des résultats de Googledevrait passer de 81 à 33%. Ce chiffre de 33% est contestable, mais il est probable que la croissance de Googlesera l’année prochaine moins rapide que cette année. Elle restera en tout état de cause considérable. Il est vrai que ce n’est pas une garantie. Les actionnaires n’ont jamais hésité à sanctionner les entreprises qui les déçoivent même lorsque leur croissance reste excellente. Cela peut naturellement arriver à Google, mais il me paraît moins menacé que d’autres.

Les actionnaires sanctionnent les entreprises qui n’ont pas tenu les promesses faites par leurs dirigeants. Ils les taclent d’autant plus vivement qu’ils savent combien ces mêmes dirigeants peuvent se laisser facilement entraîner à un excès d’optimisme (je reviendrai dans un prochain post sur ce mécanisme que j’ai expliqué dans mon livre sur Google, mécanisme qui conduit à commettre des erreurs majeures). Or, Googleest dans une situation différente. La confiance que lui font les investisseurs tient moins à des projections de sa direction qu’à la volonté qu’elle a montrée ces derniers mois de contourner la principale faiblesse de l’entreprise, une source de revenus unique, et montré sa capacité à créer de nouveaux espaces de croissance. Je pense naturellement à la signature d’un accord de partenariat avec une cinquantaine de journaux pour une expérience de régie publicitaire et au rachat de YouTube qui promet à terme une grosse part du marché de la publicité sur les médias audiovisuels en ligne mais aussi aux investissements dans ce que l’on pourrait appeler la bureautique de demain, investissements discrets que les dirigeants de Googlemettent rarement en valeur mais qui pourraient en faire assez rapidement un acteur majeur dans l’informatique des TPE et PME. À l’inverse de Yahoo qui s’enfonce dans la crise parce que condamné à réagir aux avancées de ses concurrents, Googleouvre des marchés et se crée des espaces de croissance. Ce ne sont pas forcément ses ingénieurs qui inventent les produits les plus nouveaux (encore que…), mais c’est sur ses plate-formes que les produits innovants se rencontrent pour fabriquer l’offre la plus innovante.

Barrons insiste ensuite sur le comportement des annonceurs qui seraient moins disposés à payer cher des annonces. Il est vrai que les gros annonceurs trouvent la facture lourde et grognent. Ils aimeraient bien voir des concurrents arriver qui aident à la baisse des prix du clic. Mais… ces prix sont ceux du marché, ceux que les clients choisissent de payer dans un système d’enchères. Ces prix ne peuvent baisser que si ces clients se retirent, boudent Google. Mais peuvent-ils le faire alors qu’internet prend chaque jour plus de place dans nos vies et que les parts de marché de Googleaugmentent régulièrement ?

Barrons insiste enfin sur l’augmentation des coûts internes, sur les recrutements massifs… C’est effectivement un souci dans toutes les entreprises en croissance rapide. Et l’on ne peut exclure que Googlerencontre des problèmes voisins de ceux de Yahoo. Il est même plus que probable qu’elle en rencontrera si ce n’est déjà fait. Mais là encore deux facteurs incitent à relativiser ce pessimisme :

à l’inverse du modèle Yahoohistoriquement très consommateur en ressources humaines (que l’on se souvienne des ontologues qui classaient manuellement les sites), Googlea basé tout son modèle de management sur l’automatisation la plus complète. Si ses effectifs grandissent aujourd’hui très rapidement, ses dirigeants n’ont pas abandonné ce souci de l’automatisation qui les met à l’abri des principaux défauts de la bureaucratie (l’automatisation peut créer d’autres problèmes, mais c’est une autre histoire) ;

les dirigeants de Googlesemblent avoir saisi le risque des doublons et des produits qui se font concurrence. Les évolutions récentes de leur offre dans le domaine de la bureautique (le rapprochement du tableur, du traitement de texte…) indiquent une volonté de créer des lignes de produit, ce qui est la meilleure manière de rationaliser leur offre.

On ne peut naturellement exclure une correction des marchés, un faux-pas qui affole les actionnaires… mais les fondamentaux sont sains et ils devraient protéger longtemps encore Google.

lundi 27 novembre 2006, par Bernard Girard
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