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Quel avenir pour les éditeurs de presse sur le web ?

dimanche 26 novembre 2006, par Daniel Bô
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La semaine du SPMI aura été très instructive pour comprendre les potentialités de la presse magazine vis-à-vis du Web.

Voici un compte-rendu des 3 conférences qui ont porté sur la presse et le web.

La conférence « Presse Magazine et Internet : Quel avenir ? », a traité de la déclinaison de marque et de contenus sur le web. Le magazine de Public et sa web Tv (4 h de production par semaine) a été mis en avant comme exemple de prolongement sur internet d’un territoire, d’une expertise et d’une cible « papier ». Yahooa pu réaffirmer son intérêt d’agréger des contenus exclusifs créés par des éditeurs. Autre modèle de synergie entre un média et son site : l’expérience Skyrock/Skyblog. A partir de ces exemples, la conférence a certes montré que les éditeurs ont dépassé le « temps de prudence », sans pour autant éclaircir vraiment les pistes de solutions pour tirer pleinement profit du web.

La conférence sur les pure players est fort opportunément venue éclairer les enjeux. Boursorama, Sporever, Allo Ciné, Doctissimo et Yahooont démontré à quel point ils boxaient dans une autre catégorie que les magazines. Doctissimo affiche haut et fort ses 15 millions de visites/mois contre les 30.000 visiteurs uniques de Top Santé. Tous les intervenants citaient des chiffres faramineux : 4 millions de visiteurs pour Boursorama, 3 millions pour Allo Ciné, 100 000 messages par jour sur les forums de Doctissimo, etc

Malgré ces audiences importantes, les CA publicitaires annoncés restent limités et sont concentrés sur les captifs. 50% des 7,5 millions CA publicitaire d’Allo Ciné est représenté par les films. Doctissimo récolte seulement 3 à 4 millions d’euros de publicité par an (pharmacie, dermato, agro-alimentaire, distribution).

Le sujet véritable est ailleurs : les pure players ont des perspectives qui vont bien au-delà de la simple vente d’espaces. Le site Boursorama constitue un vivier fabuleux de prospects pour la banque Boursorama. Doctissimo ambitionne de devenir le partenaire de référence pour gérer le carnet de santé électronique des français. Sporever se prépare notamment aux paris en ligne en développant une offre gratuite qui pourrait devenir payante le jour où la législation évoluera. Leur nouveau site jeux365 a réuni 80 000 joueurs en un mois autour d’un jeu où il fallait constituer son équipe de foot. Allo Ciné fait déjà 20% de son chiffre avec la vente de billets et de produits dérivés, et s’apprête à faire beaucoup plus à travers le partenariat VOD avec CanalPlay (Canal+).

Ces discussions ont montré à quel point les acteurs du web sont d’abord des gestionnaires de communautés de centre d’intérêt avec des outils logiciels sophistiqués. Leur rôle est de recruter, d’animer, de fidéliser et de faire fructifier ces viviers d’internautes de diverses façons. Doctissimo peut mettre en relation toutes les mamans de Montélimar ayant accouché en avril, pour parler entre elles, et prévoit de nouveaux outils favorisant rencontres et échanges.

Que peuvent faire les éditeurs dans un contexte où le retard accumulé est difficile à rattraper ? (l’audience va à l’audience et les positions acquises sur Google représentent des années de travail). La réponse est venue en partie de la troisième conférence consacrée au phénomène des blogs. Joël de Rosnay y a insisté sur l’opportunité d’associer la communauté des lecteurs au contenu produit. Pour lui, « la presse doit fonctionner comme un catalyseur d’intelligence collective et participer à ces flux de créativité. Les éditeurs doivent offrir à ses amateurs des capacités d’inter-créativité et créer une densité d’informations. » A l’instar de l’exemple de lafraise.com cité par Loïc Le Meur où le public crée des tee-shirts et sélectionne les plus réussis. La question qui se pose est de savoir comment organiser une matière aussi riche. Quelles modalités de contribution pour ces amateurs et comment construire un contenu intéressant qui ne soit pas une simple juxtaposition de messages ? M. de Rosnay a évoqué AgoraVox et son système de distillation progressive des contributions, sur le modèle du wiki, comme une voie possible pour organiser le chaos participatif.

L’autre question consiste à trouver les formes indirectes de rentabilité à partir d’un contenu, qui doit rester gratuit pour exister. Les éditeurs ont donc ce double challenge de mettre en place ce « néo-journalisme collaboratif » dont chacun puisse profiter sans se noyer, et de trouver des modèles économiques qui aillent au-delà de la simple vente d’espaces publicitaires.

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Réactions
  • Quel avenir pour les éditeurs de presse sur le web ?

    par Christian Jegourel - 26 novembre 2006 16-40

    Vous soulevez ici l’un des nombreux problèmes de cette profession qui est massivement sur le terrain de la « défense "du métier » et qui n’accepte pas ou n’a pas totalement intégré qu’Internet modifiait totalement les relations entre producteurs et "consommateurs" d’informations. Je prends souvent comme exemple l’invention de l’automobile et les impacts sur les professions d’éleveurs de chevaux, de maréchaux ferrants, des relais de postes etc... Ceux qui sont restés sur la "défense de la profession" ont disparu. D’autres métiers ont émergé : garagistes, pompistes, fabricants de pneus etc... Cependant à leur décharge il est difficile de modifier un modèle économique avec une telle intensité. L’émergence des contenus générés pas les utilisateurs rend caduque la lecture de beaucoup de supports et les ratios de tarifs publicitaires entre la papier et le net interdit une migration sans repenser le modèle de production et de captation des contenus. Il n’est donc pas simple de transformer un média existant car il est impossible de transposer le revenu sur Internet. Il va donc y avoir une disparition massive de certains supports papier qui ne réussiront pas à survivre à la baisse de la vente au numéro et du déplacement partiel des budgets publicitaires vers Internet. Les derniers points concernent les types de contenus. Il est simple de comprendre que l’information brute est tellement diffusée que sa « valeur » diminue. A l’inverse le journalisme d’investigation reste hautement valorisé mais cette aspect journalistique à largement disparu avec notre culture du zapping.

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