Le câblo opérateur donne un coup de pied dans la fourmilière avec le lancement commercial dès décembre d’une offre triple play à 19,90 €. Le prix du marché était resté inchangé depuis plusieurs années et imposé par Free qui a obligé tous ses concurrents à s’aligner sur ce tarif.
Numéricable qui commence à se redresser commercialement après de nombreux déboires techniques depuis la fusion Noos UPC Numericable ne va pas améliorer ses marges avec une offre de cette nature mais n’a pas le choix s’il ne veut pas sortir du marché.
La taille critique est en effet de 4 millions d’abonnés avec des marges assez faibles par rapport à la téléphonie mobile et il est illusoire de penser qu’à 19,90 le câblo puisse dégager une rentabilité significative. Il est même probable qu’il perde de l’argent sur ces abonnements.
Néanmoins face à Orange et Vivendi qui dispose chacun de la possibilité d’offrir le fixe et le mobile dans un seul abonnement, comme le fait déjà Bouygues Telecom avec Ideo, il devient crucial pour Numéricable d’atteindre les 4 millions d’abonnés à Internet. D’après les chiffres qu’il communique, il en est à près d’un million.
Numericable avait déjà lancé des offres dual play (Internet&téléphone à 19,90 € par mois, Télévision&Internet à 24,90 €) à grand renfort de campagnes publicitaires.
Il passe un nouveau cap avec l’annonce d’une nouvelle offre triple play TNT HD à 19,90 € par mois tout compris, accessible dès le 6 décembre à près de cinq millions de foyers.
De plus la technologie du câble lui permet de dédier des débits indépendants aux trois services avec des offres de 30 ou 100 Mégas selon les zones.
De l’autre coté, Bouygues Telecom rogne ses marges pour engranger des abonnés à son offre Bbox et peine malgré un joli succès depuis Ideo, à rattraper SFR, Orange et Free. Il part de zéro à son corps défendant.
Dans le même mouvement tactique, Free est candidat à la 4ème licence mobile, porte de sortie nécessaire au quadruple play qui sera la norme dans quelques années lorsque la 4G sera opérationnelle et permettra d’offrir une véritable portabilité de contenus services du fixe au mobile.
Tout le monde est donc engagé dans une course contre la montre et il y aura nécessairement un ou plusieurs perdants.
J’ai déjà souvent eu l’occasion dans YouVox Tech de présenter plusieurs scenarii mais pour résumer il reste Free dans l’accès internet et Bouygues Telecom dans le mobile comme acteurs majeurs du marché.
Si Free obtient sa licence mobile (pas gagné à mon avis) il déstabilise Bouygues Telecom et enterre Numéricable. S’il ne l’obtient pas il devra s’allier avec Bouygues Telecom. Ce dernier ne pourra pas développer son offre Bbox au niveau de la taille critique de 4 millions d’abonnés, il lui faut donc faire de la croissance externe. Comme ByTel a refusé de sortir son carnet de chèque pour participer à la consolidation du secteur, il devra s’allier avec un acteur FAI puissant.
Pour le moment seul Free répond à cette définition mais les tentatives de rapprochement initiées en 2007 ont échouées en partie à cause des personnalités très différentes des managers.
Néanmoins si Free n’obtient pas sa licence mobile les choses pourraient évoluer en 2011 ou 2012 si le quadruple play devient la norme.
Numéricable serait alors dans une impasse dramatique avec un parc client internet le plus petit du marché, une offre TV probablement rattrapé par les autres concurrents et un réseau câblé concurrencé par le déploiement de la fibre mutualisée de tous les autres opérateurs. Un cauchemar pour le câblo.
C’est probablement ce qui a du accélérer la décision de lancer une offre de dumping malgré le coût financier de l’opération. Les fonds d’investissements Carlyle et Cinven détenant 70 % du capital de Numéricable imaginent certainement accroitre considérablement leur part de marché de l’accès internet afin de rendre la mariée plus belle pour aborder Bouygues Telecom avec une offre de fusion.
Une entrée en bourse de ByTel (envisagée sur YouVox Tech dès 2007) puis une fusion serait une sortie honorable pour les fonds qui ont investi plus de 5 milliards d’euros dans l’affaire et dont le retour sur investissement est loin d’être garanti.
Reste ensuite à convaincre l’état français qu’une fusion ByTel Numéricable est acceptable et là ce n’est pas gagné non plus car il y a des aspects géostratégiques non négligeable à votre un opérateur intégré sur le marché "libre" ...
Pas gagné mais qui ne tente rien n’a rien. Free ne restera certainement pas inactif à cette mouvement tactique et nous devrions voir du mouvement peut être plus rapidement que je l’imaginais, a suivre...
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