Il a été cofondateur du quotidien italien La Repubblica (2e tirage national avec plus de 600000 exemplaires), et a dirigé, pratiquement depuis sa naissance dans les années 50, le Gruppo Editoriale L’espresso qui édite, outre La Repubblica, l’hebdomadaire L’Espresso ainsi qu’une ribambelle de titres de la presse écrite locale, radios et sites web.
Pour comprendre le personnage, il suffit de dire qu’à l’heure où de nombreux titres de la presse écrite se demandent encore s’il faut investir le web ou pas, s’ils vont ou pas se faire marginaliser par les nouveaux médias, cela fait déjà une quinzaine d’années que le Groupe L’espresso conduit par M. Caracciolo mène une vaste politique de diversification sur d’autres supports que le papier ; en misant sur le web, dont il a été parmi les pionniers en Italie, mais également la radio et en dernier lieu la télévision.

L’Expresso
Cela s’est révélé une stratégie payante, car le Groupe jouit actuellement d’une excellente santé. Si les titres phare La Repubblica et L’espresso continuent d’afficher des bonnes ventes, les sites web respectifs sont parmi les plus visités du pays, ce qui engendre des revenus supplémentaires.
La Republica
S’il ne s’est pas réalisé ce que tous les éditeurs de presse craignent –la cannibalisation d’un titre par son propre site web, cela s’explique aussi par le fait que les deux titres en question ne reversent pas la totalité de leurs contenus en ligne, mais seulement les infos les plus chaudes, les rubriques des signatures les plus prestigieuses comme produit d’appel ainsi que des contenus ciblés pouvant intéresser un large public d’internautes (technologie, people, sport...). Le raisonnement à la base de cette stratégie repose sur un simple constat : si vous mettez en ligne gratuitement tout le contenu d’un journal écrit, pourquoi ses lecteurs, qui ont accès au web, devraient continuer à l’acheter ?
Un aspect important de la bonne santé financière du groupe est constitué par les couplages culturels : avec l’achat du quotidien ou du périodique, il vous est proposé un livre, un film, un cd musical ou un cd-rom ; pas d’obligation, mais si vous le voulez, il vous en coûtera le prix d’un petit supplément (par exemple, environ 7 euro pour un dvd). En ce moment, sont proposés une série de dix films avec Marcello Mastroianni et une autre de François Truffaut. Pour avoir une idée du succès de ces couplages, en 2005 ont été écoulés environ 24 millions d’exemplaires… Très critiquée à ses débuts, car on estimait que le rôle de la presse n’est pas de vendre des gadgets, il faut quand même reconnaître à cette politique commerciale très agressive le mérite d’avoir augmenté les revenus de vente et, chose non négligeable, d’avoir fait arriver des livres dans les coins les plus reculés du pays dépourvus de librairies.
Pionnier du web et des nouveaux médias comme dit plus haut, l’aventure la plus intéressante menée par le Groupe L’espresso de M. Caracciolo est sans doute Repubblica TV, déclinaison en vidéo du quotidien La Repubblica. A sa troisième année de vie, Repubblica TV joue la complémentarité avec la rédaction du quotidien homonyme, dont les journalistes vedettes descendent régulièrement sur le plateau tv (ils sont dans le même immeuble) livrer leurs analyses à chaud sur l’actualité. Elle ne diffuse pour l’instant que de 10 à 13h du lundi au vendredi (le live est ici), mais dispose d’une vraie programmation avec trois journalistes qui s’alternent dans la présentation des rubriques et des magazines, des invités et même… des pauses publicitaires comme à la télé ! Les émissions sont ensuite rediffusées en vod et en podcast, les news vidéo étant acheminées vers les mobiles sur un canal Vodafone live. Après une phase de rodage, il y a fort à parier que Repubblica TV se transformera en une véritable chaîne de télévision 24h/24.

Site web de La Republica
Diversification des supports, créativité pour ne pas dire agressivité commerciale pour soutenir les ventes papier (produits culturels mais également suppléments thématiques), pagination importante (La Repubblica peut compter jusqu’à 100 pages sans les suppléments), contenus papier se reversant au compte-gouttes sur le web… ce sont quelques unes des clés pour comprendre la bonne santé financière du groupe L’espresso.
Avec l’arrivée de M. Caracciolo au sein de Libération, dont la venue -à titre personnel, aurait été souhaitée par l’actionnaire principal Rothschild, ce ne sont pas seulement 5 millions d’euro qui entrent dans les caisses du quotidien, mais toute l’expérience et la passion pour le métier, d’un vieux routier de la presse qui a su habilement se positionner face aux défis qui lui étaient posés par les nouveaux médias. La première conséquence de sa venue sera probablement celle de mettre un frein au "tout sur le web" qui caractérise actuellement Libération. Dans un premier temps, le titre perdra sûrement des lecteurs internautes mais, ce qui est plus important pour sa survie, devrait au moins arrêter de perdre des lecteurs payants. Ensuite, une stratégie devrait se mettre en place pour soutenir les ventes papier d’une part, et consolider la présence sur le web sans pour autant étouffer les ventes papier. A quand une Libération WebTv ?
Georges Mottola Tivoo
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